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Discussions avec torts et travers

25 juillet 2006

Oléron dans l'eau (5)

Pendant ces quelques moments où on prend le temps sur le temps, on se rend compte de tout ce qui est passé. S’attarder sur un poste lecteur de K7 et FM/GO/PO si cher à de grandes soirées adolescentes rappelle que les radios libres ne sont pas si vieilles que cela et que l’avènement du cd comme support musical universel (avant les lecteurs MP3) ne date que d’une quinzaine d’années.

Tout évolue et tout n’est pas vraiment plus mal qu’avant. Pas toujours forcément mieux puisque l’attachement au confort et aux technologies ajoute des contraintes non essentielles à la vie de tous les jours.
A mes 16 ans, il fallait trouver la bonne excuse pour échapper au tour de vaisselle, toujours, la gestion de la solitude sans console de jeux et autres pc portable se jouait sur la lecture, la musique et d’autres évasions spirituelles moins électroniques.
Il fallait accepter la mise en suspens des communications avec ces poteaux et les copines laissés à leurs propres occupations estivales. Pas de téléphone portable, d’Internet.
A mes 16 ans, je recherchais toujours la compagnie d’un pote, d’une nouvelle partie de carte, de relancer les dés, de partir à la plage plus tôt que convenu.
Je savais me passer des informations puisque le Monde pouvait exploser plusieurs fois de suite sans que je ne puisse me détacher du regard des filles sur les plages.

Si ce ne sont ces progrès, je n’avais pas le même qu’aujourd’hui. Une lapalissade qui modifie mes centres d’intérêt, mes pensées. Quoique, la mode est au maillot de bain deux pièces cette année encore…

Il y a vingt ans, je n’avais pas encore le pc, qui plus est portable, mais une console encombrante en 256 couleurs (au mieux).
J’ai cette foncière impression de ne pas m’être ennuyé sur l’île, d’avoir trouvé le repos suffisant, les frustrations nécessaires de mon âge mais pas plus que cela, les joies certaines, les occupations importantes.

Je sautais hier dans les vagues signalées par le premier drapeau orange des vacances, je revenais sur ces parties de ballon dans l’eau avec mon père et mes deux poteaux obligés. Nous nous ciblions à tour de rôle aux dépends des autres nageurs. Sans doute un quinquagénaire aux tempes aussi grises que mon père a du avoir les oreilles chauffées par un tir trop rapide.

Il y avait quand même les promenades sur les rochers en marée basse et cet étonnement devant mon père, encore, qui gobait l’intérieur des chapeaux chinois (patelles, je crois) tout cru. La course aux crabes dans les recoins, je l’effectue désormais avec fiston qui est encore plus trouillard que je ne l’étais.
J’éclatais les vésicules des algues marron tentaculaires. Plop.
J’en ai bu des tasses provoquées ou non. J’essaye de persuader fiston qu’il s’agit d’un passage obligé, comme un rite initiatique d’absorber du plancton par les narines, rien à faire pour le moment.

La marée basse se signale à la location par l’odeur, comme avant. Des parties de pétanque se déroulent sur le petit chemin de sable même si je n’y reconnais personne. Le marché quotidien répond de plus en plus aux demandes des touristes. Beaucoup de choses n’ont pas changé.

Le parallèle entre avant et aujourd’hui est amusant car il a le mérite de me rappeler aux souvenirs des grandes années.
Je rebondis sur une réponse de Jean-Paul Rouve (l’ancien des Robins pour ceux qui…) dans une interview suite à la sortie de son dernier long métrage Nos jours heureux :

Est-ce que vos jours heureux sont derrière vous ou sont encore à venir ? (Ciné Live n°103)

Il répond : ‘Je les ai déjà vécus. C’est parfois lié, et ça l’est pour moi, à la fin de l’adolescence et cette « parenthèse enchantée » ne fait que s’amplifier lorsque la nostalgie s’installe. Après, tu peux vivre autre chose, mais pas ça, plus ça. Pour moi, c’est entre 17 et 20 ans (allez, Jean-Paul, permets moi de d’agrandir la fourchette de 16 à 21), où tu acquiers l’indépendance pour les bonnes choses et où tu restes dépendant pour les plus chiantes, le pognon, la piaule, le linge. C’était l’époque rêvée, c’était génial’.

Posté par barnabe à 10:04 - Des aventures trépidantes - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

  • Ca ressemble quand même sacrément à de bonnes vacances, au passé comme au futur.

    Je me demande souvent si le "vrai" propre de l'homme, ça n'est pas la faculté de nostalgie...

    Posté par Anne, 25 juillet 2006 à 12:24
  • Nous sommes souvent nostalgique surement! Mais ces souvenirs comme "les course après les crabes" trouvent un nouveau sens, celui de montrer à nos enfants nos jeux en espérant qu'ils les montreront à leurs enfants...

    Vive donc la nostalgie pour les joies présentes et futures!

    Posté par Luc, 25 juillet 2006 à 14:55
  • Ces jours heureux, ne sont-ils pas ceux où nous étions immortels ?

    Posté par Pem, 25 juillet 2006 à 17:26
  • Et si parfois le plaisir des choses tenait aussi aux contraintes qu'il nous faut surmonter pour les obtenir ?
    Devenir plus grand, avoir l'argent ou le temps qui nous manque, la chance ou les possibilités qui se présentent...
    Mais une fois que c'est là, il faut avoir gardé la possibilité d'enchantement que nos envies contenaient. A t'imaginer en train de te promener avec ton gamin et revivre avec lui ce qui ont été tes moments d'enfance et de vacances, je sens bien que la nostalgie ne l'emporte pas complètement sur le plaisir au présent.
    )

    Posté par LaVitaNuda, 25 juillet 2006 à 18:33

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