Discussions avec torts et travers

28 avril 2007

Présence

C’est arrivé deux fois en quelques semaines, deux fois où nous (ou je tout seul aussi) étions sans les enfants.
C’est une sensation curieuse, cette absence d’agitation dans la maison, ces pièces vides où l’on ne va plus, ce silence, ce temps octroyé, bizarre, presque trop de temps soudainement. 

Tout seul, pendant quelques jours, le début est plaisant, une sorte de pause prise et bienvenue, pas nécessaire mais appréciée.
C’était simple, des repas rapides, un rythme choisi, aucune contrainte particulière.
Les heures défilaient quelquefois rapidement, quelquefois lentement, avec cette impression marquée d’une drôle d’inutilité.

Tout au fond de ses pensées, latentes, il y a ces questions, si tout se passe bien là-bas, que font-ils. Il y a ces perturbations des habitudes, ces moments où tous les jours ou toutes les semaines, à ces heures là, nous faisions certaines choses.
Evident, il y a ce manque, de les voir, de les savoir à dix mètres, de les entendre, d’un bisou d’elle, d’une chamaillerie de lui.
Ça a toujours été, depuis le début, parce qu’au bout du compte, il y a eu peu de séparations de quelques jours. 

De ce temps d’avant, sans enfants, il est désormais imaginable comme un autre monde, un monde ayant existé, que l’on ne peut plus visiter, tout juste peut-on revoir des photos. Ces clichés s’éloignent de plus en plus, ce qui était un réel repère avant n’est plus même revu depuis des lustres.
Depuis bientôt sept années, l’incohérence de ma vie d’avant s’intensifie. Je ne sais même plus comment je vivais avec Elle sans eux. Alors, avant Elle, tentons parfois d’y reposer un œil. Juste. 

Alors, ces quelques fois où je suis seul, suffisamment longtemps pour le ressentir, ce serait presque une sorte de culpabilité de profiter égoïstement, et en fait de ne pas profiter ce temps avec eux.
Tout s’accélère.
Je les entends par de là le téléphone, des paroles. Je sais qu’ils n’auront pas grandi de trente centimètres en une semaine, je sais qu’ils n’auront pas changé tant que ça, mais il y aura de nouvelles expressions, des souvenirs qui me paraitront étrangers, des références qui me manqueront et d’autres détails qui n’en sont pas.

Au retour, les savoir à proximité est un soulagement, comme si je pouvais de nouveau maîtriser ce qu’ils deviennent, faussement maîtriser.
Ne plus rien rater d’eux, avoir cette impression, suffisante que je suis là. 

Et cinq minutes plus tard, ils se taperont dessus, feront plus de bruits qu’on en les croirait capables, et je penserai à ce silence, étrange. Je me dirai que de temps en temps, cette séparation n’est pas si difficile.
Et ils repartiront, peut-être l’année suivante, et je m’inquiéterai à l’avance, préférant cette présence indispensable. 

Ce que j’aurais aperçu un jour, accidentellement, m’a sauté aux yeux d’une telle évidence à leurs retours.

Peut-être un peu de soleil supplémentaire de là-bas, je ne sais.

Ça se déroule sur leurs nez et leurs pommettes, des toutes petites tâches de rousseur, adorables.
Et je repense à un visage de petit garçon du même âge qui les avait, voilà une trentaine d’années.
Ces petites tâches de rousseur qui réapparaissent sur mon visage aujourd’hui à la fin des vacances d’été arrosée de soleil.

rouss

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24 avril 2007

Le troc

Après le vote utile (notion aléatoire toujours non définie), il reste deux opportunistes sur les chaises musicales qui ne feront chanter personne. 

Le troisième homme ne devrait pas donner de consignes afin d’être juste avec son discours.
Cependant, deux styles se mettent en place pour récupérer les 18% décisifs. 

Le premier style décide de débattre afin de trouver des compromis.
Le deuxième style ignore toujours pour rester droit dans ses chaussures Armani. 

Alors bon, faut-il préférer quelqu’un qui oublie vite les mots forts et insultants échangés avec le candidat centriste afin de récupérer des voix hypocritement?
Alors bon, faut-il préférer quelqu’un qui n’oublie pas ses paroles et fait semblant de la jouer cavalier seul ? 

Ségo drague ouvertement Bayrou et les aficionados loueront son esprit d’ouverture, son écoute du peuple français.
Sarko fait sa tête de lard, un peu trop sûr et prône (pour le moment) la politique du rassemblement de tous bords, le candidat de tous, des malheureux.
Le nombre de postes offerts aux centristes après l’élection donneront l’ampleur de l’accord sous cloche. 

Et puis viennent les législatives derrière, et vient l’idée évidente que le peuple français, girouette, ne laissera pas la même majorité en place qu’un mois plus tôt.

Et nous repartirons pour cinq années inutiles.

 

Cric crac, l’affaire est dans le sac.

Et si finalement, l’un ou l’autre allait à l’encontre de son armée militante en construisant quelque chose d’intelligent, avec un bout de chaque parti ? Non, quelle naïve utopie.

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23 avril 2007

Le quota

A quelques pourcentages près, le patelin est représentatif du pays, ce n’est pas plus mal. Il a fallu que je vérifie cela, les oreilles encore engluées des bavassements de notre voisin. 

Il y a des vieux comme ça. Déjà à moitié sourd parlant fort, qui nous rend bien les braillements de nos propres ouailles dès qu’ils mettent un pied dehors.
Lavant la voiture (me voilà tranquille jusqu’à la fin de l’année), je profitais des impressions du 70agénaire.

A 8h30 (on lave tôt dans la famille), il en était encore aux réactions.
Je l’entendais pérorer sur son pouvoir d’achat qui avait diminué de 20% depuis dix ans (soit, j’imagine, un petit 2% d’inflation par an, non compensé par sa retraite). Donc, il doit avoir voté à gauche, genre peut-être extrême (oh, ça va, j’interprète librement si je veux). 

A 8h40, radio allumée sur les cris des proSégo, il disait avec des mots abscons et à sa femme : Tiens, allez Ségolène, allez Ségolène ! Tu les entends ces cons ?
Je me perdais en attaquant les jantes (c’est chiant les jantes). Ben alors il est pas à gauche ?!, donc il est rouge vif électoralement (en plus d’être rougeaud alcoolique). 

A 8h42, chaud comme une baraque à frites, il embrayait à donf pendant que les oisillons du nid de merles piaillaient : Tu les as vu tous ces arabes, ah ils peuvent être contents !
A 8h43, il devait à moitié s’étouffer derrière la haie en maugréant : ah quelle sale race… 

Il partait alors vers son portail à gratter, d’un juron et d’un crachat disgracieux. 

Je me disais, est-ce possible que j’habite dans un de ces villages qui vote la bête sans réelle délinquance, sans vraiment d’ « étrangers », qui pense, effrayé, qu’en votant le borgne, ils seront toujours protégés d’un cambriolage et d’une agression verbale au rayon des melons du supermarché ? 

Je me rassurais devant la porte de la mairie.
Ça va, nous avons notre quota de cons, mais pas plus.
Pas de bol que le quota soit le voisin.

Et si ça se trouve, il ne vote pas FN, comme ça, il pense ne pas avoir de sentiment de culpabilité.

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19 avril 2007

Pile de faces

Rhaaa, c’est trop génial la politique. C’est comme une prolongation de finale de Coupe du Monde sauf qu’on ne sait pas encore qui mettra le coup de boule à l’autre.

Ce matin, sur RMC, Sarko rattrapait l’histoire en expliquant l’identité sexuelle de ses 14 ans. Lui à 14 ans, il savait naturellement que ce qui l’intéressait (et à priori, ce n’était pas ses petits camarades mâles).  Hier soir, sur TF1, Ségo voulait faire baisser la délinquance en mettant en place des cours de soutient scolaire gratuits.
Pendant ce temps, François compte les points et rameute de tous les côtés. On ne sait jamais, sur un malentendu, il pourrait conclure. 

Et est arrivé ce célèbre « vote utile ». Je n’ai toujours pas très bien compris ce qu’il était étant donné que tous l’utilisent. D’ailleurs, il n’y a pas que ça qui revient en boucle, il se forme des petits groupes de candidats qui se répètent leurs idées. C’est beau.
Pendant ce temps là, Arlette continue sa campagne-jubilé (et jubilée aussi). 

Selon le dernier test, je serais un Lepagiste (mais Corinne Lepage a vendu ses voix à François). Comment voulez-vous qu’un indécis se décide ? 

Pendant ce temps là, le candidat de la ruralité rêve devant l’étang de son enfance lorsqu’il dézinguait du canard d’élevage accroché aux pattes par des enclumes et l’ex-candidat des maires travaille son accent pour ne pas placer de putaing cong dans ses salles de congrès vides.
L’anarchiste des Postes et Télécommunications réalise sa tournante des cités avec des airs de Je vous ai compris pour faire une ode à l’utopie.
Dans cette campagne, parlons vert mais parlons peu, en fait, tandis que Dominique ne sait pas quoi faire de l’Hulot, 63% de votants pensent que tout est médiocre dans passe-d’armes sans même un seul débat.

Est-il donc possible de ne pas voir de candidats se confronter ?
Comment feraient-ils donc, ces grands partis, pour trouver leurs rimes sans les armées marketing satellisées autour de leurs ego démesurés ?
Amusantes ces courbes. Très ludique. 

Ouais, j’en ai oublié quelques un(e)s. Pas bien important.
Pourtant, je serai devant la télévision à 20h (et peut-être sur internet vers 18h en Belgique et en Suisse pour les estimations après fermeture des bureaux de vote de 18h). 

Nous sommes bien partis. Prochaine étape, la Politic-Academy ou nous voterons par sms pour éliminer les candidats.
Quoique, il ne faudrait que certains prétendants se reproduisent dans une piscine. 

Passionnant, je vous dis !

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16 avril 2007

Tête de pot

J’y ai repensé à la fin du film Jarhead.
La guerre, ce n’est pas bien, il ne faut pas la faire pour de mauvaises raisons. La guerre, ça change les gens qui la font. Oui.
Je ne suis pas d’une génération qui a connu une guerre française, juste une génération qui regarde celle des autres médiatiquement.
Le Jarhead de l’histoire n’a pas tué un seul irakien, pas un seul homme, durant son conflit étrange. Il aura vu des morts, des tirs, des puits de pétrole brûler, il aura connu la solitude dans la multitude des autres engagés.
Au bout, il rentre, changé, modifié. Il dit qu’il pourra se marier, avoir des enfants, travailler, avoir une vie normale, sans que cela ne change ce qu’il a été pendant la guerre, que tout ça reste là. 

Moi, je ne sais pas tout ça.

Je n’ai jamais vraiment discuté de l’Algérie avec mon père. Il n’avait pas choisi, en a voulu à De Gaulle pour ce « Tout ça pour ça ». Mon père a toujours été très discret là-dessus, si un de ses copains connu là-bas n’était pas venu à la maison, si je ne m’étais pas posé la question en concordant les dates, si je n’avais pas vu une photo, si je n’avais pas entendu quelques phrases, quand même…

Aujourd’hui, je n’ose pas encore. Après il sera peut-être trop tard. Je ne saurai peut-être pas poser les bonnes questions. Comprendre. De tout façon, je ne saisirai sans doute qu’une infime partie de sa réalité. 

Un jour ou un soir, parce que le sujet le permettait, je lui demandais sur la pointe de la langue si il lui était arrivé de tuer quelqu’un. Là-bas.
C’est idiot comme question. J’avais plus de vingt ans, ce n’était pas pour frimer dans une cour de collège. On est con à 12 ans, peut-être.
Qu’est-ce que ça aurait changé de savoir ou non ?
L’aimerais-je moins si oui ?
Même si ce fut un crime plutôt qu’une légitime défense, et alors ? Après mes vingt ans, je savais qu’il n’y avait pas de guerre propre, que je ne pouvais pas juger, que je ne savais pas comment je réagirais. 

Il m’a expliqué, brièvement, simplement.
Combien de fois en a-t-il parlé avant ?
Eclaireurs, désert, des conneries de gradés, embuscade, je ne sais plus, et le réflexe parce que c’était les autres plutôt qu’eux.
En trois minutes, il avait fini. En une seconde, sans doute moins, il avait tiré.
Oui, il avait tué un homme, un seul.
Il n’avait rien besoin de justifier. Un petit peu de moi trouvait cela terrifiant. Mon père a été capable de faire ça. C’est tellement à l’opposé de ce que je pense savoir de lui.
Quand on ne sait pas, on ne se doute pas. 

Tout était mieux ainsi. Après tout, s’il n’avait pas tiré, je ne serais pas là. C’est égoïste. Oui.
Des blessures ne doivent pas se refermer. Je n’ose pas lui demander plus, il ne me raconte toujours pas plus du reste, dans cette Algérie là.
Je pense que bien sûr, il ne tire aucune fierté de ce combat dans cette guerre qu’il jugeait sans doute étrangère à son soi.
Peut-être y a-t-il de la culpabilité. Alors qu’il y a tant de milliers de raisons pour ne pas la ressentir.
Je crois que je suis fier de lui. En fait, je ne le crois pas, je le suis.
Avoir été capable de faire cette abstraction d’images pendant ces années d’après, nous avoir, ma sœur et moi, protéger, discrètement, avec humilité. 

Peut-être que sa guerre l’a changé, comme un Jarhead. Peut-être qu’il le sait, le sent. Peut-être que cela l’a rendu encore meilleur, comme un devoir d’homme. Ou peut-être qu’il était déjà comme ça avant. Tout simplement. 

Je n’arrive pas à me poser cette question : et moi, qu’aurais-je fait ?
Une bribe de service nationale me laissait apercevoir le peu de libre arbitre d’une institution militaire. Pendant une seule année, j’ai appris à me laisser aller à de simples consignes, à obéir bêtement comme si c’était suffisant.
En groupe, entre gars qui se ressemblent, des tenues aux crânes rasés, brassage de gens devenus unités, ils auraient fait de nous ce qu’ils voulaient parce que c’est comme ça. Une guerre, nous aurions trouvé une émulation étrange, une évacuation animale de testostérone. 

Ce père que je ne connais pas par faces cachées, celui qui m’a toujours dit vrai. Celui que je trouve rétrograde pour certains aspects, de sa guerre à ses avis, il aura tout fait pour que je me forge.
Un peu de lui, j’en ai beaucoup quand j’y pense.
Est-il possible que cet homme grisonnant qui approche de sa huitième décennie ait tué quelqu’un ?
Il n’a tué personne, c’était simplement une guerre. Bien que la guerre ne soit jamais simple.
Peu importe encore. 

Et puis, un jour, il m’a sorti une photo, aux couleurs pourtant un peu ternes. Il me demandait si je reconnaissais. Je restais un moment face à cet homme d’une vingtaine d’année.
Je ne comprenais pas, je me voyais dessus mais sans me rappeler le où et le quand.
Bien sûr, c’était lui, je lui ressemblais tant au même âge.
J’étais heureux, content.

 

Le chemin est encore long.

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13 avril 2007

La vie à modeler

Note pondue on ne sait comment, donc forcément nécessaire pour son propre soi.
Je ne sais si elle s’adresse plus à l’auteur qu’aux lecteurs courageux. 

Peut-on toujours avoir la légitimité d’un avis ?

Des avis propres, il est facile d’en avoir. Un avis sur tout, à tort et de travers.
On se forge des avis en fonction des médias, de sa propre expérience, de son milieu. Que du déjà dit tout ça. 

Suis-je légitime pour débattre avec un Besancenot ou une Arlette ?
Quel droit me donne le fait que je sois issu de la classe sociale de parents partis de rien (dont 50% d’immigration italienne) et arrivés quelque part au bout d’efforts et de la chance que de jeunes couples pouvaient avoir dans les années 50, 60 pour construire une famille ?
Nous pensons aux années 60 comme la chance qu’avait nos parents pour trouver un emploi. Mais, ce n’était sans doute pas plus facile qu’aujourd’hui. 

Si mes parents m’ont inculqué la valeur de l’argent, le jamais rien sans rien, j’avoue n’avoir jamais manqué de rien pour me construire.
Ce pour autant, j’ai un travail alimentaire, un bon travail dans un contexte social actuel qui permet de relativiser sa qualité et sa rémunération.
Mais ce n’est qu’un travail alimentaire et chronophage qui a le mérite d’exister, qui me donne le droit de dire que je l’ai mérité. Est-ce un mérite ? De la chance ? La logique d’un investissement personnel ? 

Pourquoi ne fais-je pas l’une de ces activités professionnelles qui me passionneraient ?
50% de service trop minimum de ma part, 20% d’immaturité et 30% de cette absence de conseils de part l’université, le lycée, l’Etat, les Sociétés. Faut-il avoir 35 ans pour faire ce bilan ?
Ma part de responsabilité est largement engagée et je l’assume (avec peine certaines fois). 

J’ai l’impression de savoir ce qu’un vingtenaire d’aujourd’hui doit se dire.
J’espère simplement qu’il ne pense pas que tout lui est dû car le système scolaire et le monde du travail n’étant absolument pas interconnectés, il lui faudra effectuer, aux forceps, la transition.
Mon tort est donc, parce que je l’ai subi personnellement, de penser que cette situation difficile est normale et est une sorte de bizutage professionnel.

Oui mon d’jeun, avant d’avoir une situation qui te satisfasse un minimum, il te faudra peut-être faire les marchés, le caissier, subir, avant de ressentir cette fierté particulière : je m’en suis sorti (enfin, jusque là tout va mieux qu’avant).
Je crains de penser qu’en vingt ans, tout s’est dégradé, que d’un côté, personne n’aide les plus en difficultés et que de l’autre, l’assistanat permanent donne de fausses espérances.
Pourquoi ai-je ce drôle de goût social qui me fait croire que les jeunes d’aujourd’hui font moins d’efforts que ceux d’avant ?

Est-ce un moyen de s’auto-valoriser ?
La difficulté du bac, il parait qu’il serait plus facile – accessible – plus les années passent. 

Le bac pour tous, quelle idiotie politique, démagogique.
Ou bien plutôt, le regard de la société envers ceux qui n’ont pas le bac est la réelle idiotie.
Alors que ce sont eux qui font vivre les autres. 

Que connais-je d’abord de ceux qui restent sur le côté ?
Ceux qui ne sont pas accompagnés par l’école et encore moins par leurs parents ?
Quelques amis, et après ? 

Et ensuite, socialement, qu’ai-je le droit de dire sur les sans-papiers, les SDF ? Moi qui suis confortablement installé devant un portable en train d’écrire cela, dans une maison plus vaste que celle dans laquelle j’ai grandi ? 

Ai-je le droit de dire : mais non, il ne faut pas faire de vagues de régularisation des sans-papiers.
Suis-je légitime pour refuser la proposition d’un SMIC revalorisé de 300€ ?
En quoi cela me concerne ?
Est-ce que l’équilibre des déséquilibres des salaires est une raison valable pour quelqu’un qui a la chance de payer des impôts sur le revenu ? Il est sûr qu’il vaut mieux en payer que le contraire. 

Si je dis ce que je pense, j’ai avis. Qui vaut ce qu’il vaut mais un avis. Forcément contradictoire avec les avis de tout un chacun.
Ma conduite est-elle normale, bonne ?
 

Lors d’un récent déjeuner, je rentrais dans le tas avec mon avis pro-européen, donc opposé à ceux qui ont dit non au référendum. J’avais une idée de l’avenir économique à long terme, qui passe, en ce qui me concerne par une Europe résistante et forte, allant vers une évolution profonde des réalités françaises.
Par exemple, nous serons à terme dépassés (c’est déjà le cas) pour les industries lourdes par l’Asie tandis que le niveau national global nous permet de nous placer dans les industries de pointe. Pourquoi ne pas se responsabiliser politiquement et entamer une transition de l’école primaire aux sociétés ?

Secteurs des sociétés de services, technologies, agriculture, sortons de réelles forces.
Pourquoi cette impression de pays immobile, cimenté dans un système lourd.
Ai-je le droit de penser que telles décisions feraient une casse supplémentaire dans les milieux ouvriers actuels mais qu’il s’agit d’un moindre mal pour les prochaines générations ?
Mes pensées jouent avec les vies des autres. Je m’exclus inconsciemment de ce qui peut me toucher demain ou après demain, le chômage, …
Comment pourrai-je défendre ces idées face à ceux qui ont dit non à l’Europe par crainte, par réflexe de défense face à ce projet si mal présenté, si mal expliqué. 

Dans le mode de réflexion de chacun face aux problèmes sociaux, pourquoi pense-je que la réalité est : j’ai une meilleure situation que mon voisin, donc je suis plus intelligent et mes idées sont celles à retenir.
Un ouvrier a-t-il des idées moins nobles et moins visionnaires qu’un cadre sur l’avenir ?
Quelle imbécilité de base. 

Oui, imbécilité. Sauf que le monde politique se positionne comme cela face au peuple (terme usé à en vomir par nos candidats des grands partis).
Ils sauraient mieux que nous la réalité des besoins. 

Finalement, n’est-ce pas cela qu’on leur demande à nos politicien(e)s ?
Etre au-dessus de nous pour piloter l’avion ? Ils devraient avoir ces compétences supérieures aux nôtres pour aller dans la bonne direction. 

Ce positionnement n’est-il pas finalement nécessaire ?
Donc, si j’émets un avis sur un sujet qui ne m’implique pas directement, est-ce juste ou non.
Je n’ai aucune légitimité pour le faire n’étant pas élu.
 

Pourtant, j’ai cet avis qui me permet de dire, avec torts et déraisons, toujours, si je suis d’accord ou non sur un sujet. D’accord avec cette force qui me pousse à penser que j’ai raison, d’accord aussi avec l’éventualité que je puisse modeler mon avis en fonction des informations que je reçois, de ma vie. 

Je peux ainsi être d’accord le lundi, avouer m’être trompé le mardi et dire le contraire le mercredi.
Est-ce donc intelligent de donner un avis quand on considère que cet avis peut évoluer en fonction du milieu, de l’expérience, de l’âge, des rencontres, des avis des autres ? 

Me voilà donc, par essence, illégitime dans mes avis. 

Je m’auto-conclus, pour me rassurer : si je donne un avis, c’est dans cet espoir fou de l’améliorer, quitte à en changer. 

Afin d’avoir souvent le moins tort possible, il suffit donc d’être à l’écoute, le moins obtus, le moins extrême.
Lapalissade.
Donc, une personne ayant la carte d’un parti politique a automatiquement plus tort qu’un non engagé (et je ne vous raconte pas pour les partisans extrémistes).
Un non-partisan sera plus ouvert à l’évolution de ses idées en ne refusant pas les avis des oppositions. 

Il faut donc ne pas s’attacher à un seul candidat, s’orienter vers ce moindre mal, cette imperfection naturelle, cet avis qui se rapproche le plus de nos propres spécificités. 

Sur ce, bien à vous. 

Relativisons.

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Interdit votaire

Bon, dis Olivier, si tu augmentes les plus bas salaire de 300€ net, comme tu le réclames, que vas-tu dire à ceux qui sont déjà payés au SMIC+300€ ?
Je te souffle de les augmenter de 300€ aussi.
Ce qui, finalement, au bout de la file (enfin pas tout au bout, vers le milieu plutôt, y’en a plein qui sont derrière moi) m’arrange puisque j’imagine que j’aurai aussi 300€ de plus ?
Que fais-tu des inégalités de salaires normales ?
Les patrons d’ELF, d’EADS et Cie ont bon dos mais dans cette société, il n’y a pas que les très pauvres et les très riches, il y a aussi ceux du milieu qui, si je t’assure, payent aussi énormément. 

Bon, dis Ségo, si tu es élue, vas-tu nous resservir la soupe des éléphants dans les Ministères ?
Non, parce que, tes soutiens et accords de dessous de table, il va falloir les payer à un moment donné.
Alors revoir ceux pour qui je trouvais qu’ils étaient pires que toi… 

Bon, dis Nico, tu veux attirer les électeurs du FN chez toi. Je pense bien que tu sais que Jean-Marie a toujours plus ou moins le même score qu’avant et que seule la déroute du PS en 2002 lui a ouvert la porte du second tour.
Donc, tu veux récupérer des vrais extrémistes militants ? Pas sûr que cela soit une bonne chose. 

Bon, dis François, à force de répéter que l’unité gauche-droite est une bonne solution, tu oublies de dire que les décisions que tu prendras se feront critiquer de tous les côtés. 

Bon, dis José… oh non, trop con. Et puis, cette démocratie qui te permet d’être candidat alors que ton casier est rempli, ça me laisse perplexe. 

Bon, Jean-Marie, tout ton toi me rend perplexe. 

Bon, Dominique, tu me fais penser à Evelyne Dhéliat quand elle fait sa bonne action pour la planète après sa météo.
Repensez sérieusement la responsabilité des particuliers face à celle des gouvernements et des entreprises, les intérêts et les conséquences de leurs décisions. A la suite de quoi, vous arrêterez de me pomper le cortex avec vos sentiments culpabilatoires. 

«
Tu dis que si les élections
Ça changeait vraiment la vie,
Y a un bout d'temps, mon colon,
Qu'voter ça s'rait interdit ! » 

Renaud – ‘C’est quand qu’on va où’

 

Et après la chanson de Renaud, vous ne pouvez pas savoir comme c’est affreux d’être d’accord avec lui.

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11 avril 2007

Vote par défault (dans la surface de réparation)

elc

Et paf le chien, deuxième test.
Ce coup ci, c’est François qui remporte la timbale.
Je serais un des nombreux hésitants que cela ne serait pas étonnant. Et face aux gens décidés, un hésitants pourrait être, soit dangereux, soit idiot de ne pas céder à l’évidence qui se jette à leurs yeux à eux.

Ok, considérons que je sois de nature droitière. Oui, il s’agit du contexte éducatif, familial, une adolescence mitterrandienne, de la portée du milieu social. Ok, ça compte.
Mais ayant une nature aussi profondément contradictoire (le double état du Gémeaux), rien n’est pour autant sûr. Sinon, pourquoi aurais-je donné une voix pour Arlette en 2002 ?
Je m’épate. 

Je m’interpelle face à ces personnes, somme toute, normales, qui réussissent à posséder des convictions politiques au delà des défauts, incohérences, faiblesses de chaque programme.
Ma conclusion est d’essayer de voter pour le moindre mal. 

Alors à moins de deux semaines, je considère Ségolène incompétente (et ça n’a aucun rapport avec le fait qu’elle soit une femme, merci, remballez vos propos) et le petit Nicolas, dangereux.
Donc, le choix du premier tour sera amusant, donc, irresponsable. 

Et, à en croire les sondages, le choix du second tour sera blanc. Et voter blanc, j’ai pensé auparavant qu’il s’agissait d’une non décision et je ne le voulais pas. 

Donc, mon seul espoir reste que Michel Platini troque son UEFA avec la République.

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09 avril 2007

Jus d'orange

Il arrive toujours des trucs étranges. 

La première compétition de judo approchait.
Je lui demandais s’il savait ce que c’était. Il disait que non. Je lui expliquais qu’il s’agissait d’une suite de combats qu’il fallait gagner pour remporter une coupe ou une médaille.
Qu’il fallait faire au mieux, que le gars d’en face, il fallait le faire tomber et l’empêcher de se relever.
On a eu beau avoir des potes ceinture noire, le judo, ça reste un sport de gars en peignoirs.
Ça ne m’a pas empêché d’essuyer une larme quand Douillet a gagné sa dernière médaille d’Or.
C’est beau le judo. Ça manque de pelouse, de ballon et de crampons mais c’est beau. 

C’est ainsi que j’assistais à ma première compétition de judo, et c’était petit bonhomme qui s’y collait.
Bon, il parait que le judo structure, apprend un petit peu la discipline et le calme. Enfin, c’est lui qui a choisi.
Après la pesée (on a vite enlevé les chaussures, le pull) : 20,4 kg sur la balance. A 400g près, il était dans la catégorie du dessous.  Nos amis accompagnateurs pour l’occasion nous racontaient les plus et les moins des compétitions de leur petit à eux qui s’était fait ramasser la première fois avant de vendre chèrement sa peau dans sa deuxième pour décrocher l’Or.

Je sentais une sorte de concours caché avec eux : vous avez vu hein, celui qu’on appelait gnan-gnan, et ben, un vrai lion sur le tatami maintenant.
Mouais.

Je restais humble pendant le vrai échauffement des petits. L’ambiance de la salle de sport champêtre était agréable. On m’expliquait le déroulement qui suivrait, les tris en poules (ça tombe bien après les œufs du matin… hum, bref), les combats et les médailles pour tout le monde.
Effectivement, petit bonhomme se retrouva dans un groupe de trois, il aurait au pire une médaille de bronze, c’est un début. 

Vint le premier combat. Le petit gars d’en face ne payait pas de mine, je filmais le mien en l’encourageant. Il se défendait bien, attentionné aux attaques en balayage incessantes mais ne voulait pas forcément attaquer. La minute trente s’écoulait et tout était serré, les deux pouvaient tomber.
Ce fut le mien qui perdit d’une sorte de waza-ari ou peut-être un koka, sans doute involontaire et décaféiné. 

Il restait avec les autres, l’air totalement dispersé par rapport à ce qui se passait autour de lui, les petites filles qui gloussaient en se faisant tomber, tout en cherchant le regard des parents, les moyens qui prenaient très au sérieux la compétition, les autres parents qui encourageaient, qui applaudissaient, son futur adversaire qui écrabouillaient son vainqueur. 

Il était brun avec une expression monotone qu’on ne rencontrait que sur des rings de boxes. Rien qu’à le regarder, cela faisait peur. Il avait une ceinture jaune. Avec ma dame, on espérait que le massacre ne soit pas trop dur. Nous avions vu comment il avait écartelé le précédent. A peine l’arbitre lançait le combat qu’il balayait à tour de jambes avec un mouvement vif qui basculait l’autre par terre.
Dans le même temps, le notre était allongé sur le ventre, les yeux ailleurs, se disant sans doute que le temps ne passait pas vite. 

Ce fut enfin l’heure de petit bonhomme et du brun ténébreux inquiétant.
Effectivement, même technique rapide, le notre se retrouvait par terre, une fois puis deux mais en contrôlant sa chute pour ne pas poser les épaules au sol.
La troisième reprise fut la bonne.
L’autre avait la technique qui le ferait gagner 9 fois sur dix contre le mien. Sans contestation. 

Il bascula sur un contre que je ne compris vraiment qu’en regardant plusieurs le film le soir. En dix secondes, personne n’avait suivi, encore moins les intéressés, un bras fut levé, ils se saluèrent avant de sortir et les juges affichèrent le 1 au niveau du ippon.
Ippon, c’est indiscutable, synonyme de victoire. 

Vinrent la remise des médailles.
Encore surpris, je l’attrapai à la caméra tandis qu’il sautait sur la première marche. Ippon, en plus, ça compte beaucoup plus de points que les autres mouvements. C’est pour cela que le brun à la ceinture jaune fut second et son vainqueur du premier combat, troisième. 

Médaille d’Or, rendez-vous compte.
Et lui qui commença à pérorer quand il percuta vraiment, avec la rondelle jaune autour du cou. 

Le genre de truc étrange je vous dis.
Et je ne vous parle pas de la fierté du papa. Ce qui est gagné n'est plus à perdre.

Posté par barnabe à 09:36 - Des aventures trépidantes - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 avril 2007

Pas que ça

Dans une autre vie, j’étudierai l’histoire de la religion, à savoir comment nous avons pu en arriver là où nous en sommes, des tonnes d’intolérances basées sur des croyances.

Cette année, c’est une date de Pâques  commune pour pleins de gens qui se croient différents les autres jours de l’année.

En bons pratiquants et croyants, voilà tous ces pèlerinages à Jérusalem pour, rendez-vous compte, revenir sur le chemin de croix du Christ.
Il est des fois où les rapports historiques rejoignent les textes sacrés. Il est d’autres fois où la science ne serait qu’un tissu de mensonges. Tout le monde s’arrange avec ses propres vérités. 

Et pourtant, j’ai été élevé catholique, je me suis marié, etc… avec en plus, envie de le faire à l’église. Pas seulement pour la tradition, mais aussi pour quelque chose d’assez mystique qui me persuade d’être croyant en un truc étrange.

Mais que je me sens loin de Jérusalem qui n’est qu’un centre guerrier où une prière ne peut se faire qu’entouré de soldats. Qu’on donne la ville sainte à l’ONU, qu’on la vitrifie mais qu’on arrête d’en faire ce symbole pour lequel on se bat depuis des millénaires.
Tout me parait si loin de l’idée que j’ai de la religion, de la croyance rassurante. 

Juifs, arabes, chrétiens, orthodoxes et je ne sais encore, vous savez qu’aucun de vous ne devrait avoir de droits sur cette terre si elle est réellement ce que vous pensez.
Vraiment, Dieu est ce qu’en font les hommes. Pourquoi trouver des guides, des élus ?
Ne pas croire est déjà croire. Et puis c’est tout. 

J’aurais aimé en discuter avec ma grand-mère italienne. Elle n’aurait pas compris. Je pourrais en parler avec mon père qui en est revenu. Mais nos avis seraient également différents.
Ça n’empêchera pas mes impressions en entrant dans une église simple d’un village perdu, ça ne cachera pas non plus ces autres sentiments très partagés en visitant le Vatican. 

Séparation de l’Etat et de l’Eglise, que la frontière devient fine en ce début de siècle.
A croire que personne ne comprend jamais rien.

Bien à vous et bons œufs.

Posté par barnabe à 14:33 - Critiques faciles... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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