11 mai 2007
Mets des bas
Seize heures et vingt deux minutes. C’est le tour d’Evelyne.
Sa mission pour la Terre, son défi de tous les jours, sa
culpabilisation active du téléspectateur, son sourire plastifié, ses conseils
démagopédagogiques.
Je n’aime pas dire du mal des femmes.
Je n‘aimerai pas en être une et il ne faut pas faire aux truies
ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse.
Mais quelquefois.
Je rigole.
Ah ah (vous voyez que je rigole).
Bon Evelyne, il faut arrêter maintenant, il faut se concentrer
sur la météo.
Parce que tu ne peux pas dire qu’il faut éteindre sa montre à
quartz la nuit à cause du rayonnement minéral qui rebondit sur l’atmosphère et
reste enfermé pour accroître le réchauffement climatique et dire deux secondes
après avec un sourire crétin en plein mois de mai que la température va
descendre entre dix et quinze degrés dans le nord et qu’il va falloir rallumer
le chauffage.
Bon, Evelyne, chère ménopausée, tu sais ce que ça donne un
rallumage de chaudière pour la planète ?
Alors tu sors ton pull en mohair tricoté en laine de yack et tu
ne nous gonfles pas avec ta frilosité du soir pendant 48h.
Un peu de logique, s’il te plait.
(Bien que la logique féminine, hein… Je rigole. Vous voyez bien
que je rigole).
Aimant
Huit heures et trente six minutes. Aujourd’hui. En fait non, minuit et quatorze minutes hier ou alors vingt heures et huit minutes.
Bref, c’était hier après une nuit courte (décidément, une
journée de championnat de France en semaine, ce n’est pas reposant).
Puis il y eu une réunion probante dans laquelle il faut lutter
pour se l’écraser menue et ne pas se montrer acidifié par l’inertie toute
titaniesque de ce navire d’entreprise qui me trimbale.
Naïvement, j’eusse pensé que le devoir de décision appartenait
aux responsabilités de la haute hiérarchie.
Etre payé pour prendre des décisions. Bonnes ou mauvaises mais
décider. C’est un rôle que je prends au sérieux à mon humble niveau à bulle.
Le management peut avoir un type particulier : laisser aux
cadres intermédiaires (c’est moi) de bonnes volontés l’obligation de prendre
des demies décisions pour avancer (parce que si tu n’avances pas tu recules,
comment veux qu’ils) et permettre ainsi aux cadres dirigeants de ne pas assumer
complètement leurs responsabilités. C’est une gestion de fusibles.
Bref, c’est chiant comme discussion.
Puis, plein de nouvelles de collègues qui passent avec des TS,
cancers et autres pédophilies. C’est frais et ça refroidit.
Puis, une autre réunion de pachydermes frileux qui ne savent pas
mettre un pied à l’écart sans se psychorigidifier.
Puis, ces responsables qui font faire et refaire plusieurs fois
les mêmes notes au point de ne plus faire que des compilations des précédentes
grâce à CTRL+C, CTRL+V. Force évidente d’inutilité de son propre labeur non
considéré puisque non lu.
Puis, une bonne prise de tête (de con).
Puis toujours hier, douze heures après mon arrivée dans ce
bureau (à sept heures quarante six hier matin), je partais.
Puis une fois rentré, la lecture d’une lettre suivie (la vraie
lettre suivie de chez La Poste) présentée ironiquement par mon Elle.
Je me disais : au point où j’en suis.
Alors donc c’était un courrier de notre voisine. Une lettre
suivie ! La conne. (et là je dis conne calmement comme une fatalité, un
état indépendant de sa volonté)
Elle nous explique en écriture stylo-bille et en faisant référence
à un article de loi (si !) que nous sommes contraints de faire tailler
notre haie de thuyas qui déborde de quelques centimètres sur son terrain. Parce
que le thuyas, ça use le grillage (si !), ça endommage son jardin, que le
grillage, c’est à elle, pas à nous, que le thuyas remplit ses gouttières (ah, même
si les gouttières sont plus hautes que les thuyas ?), que c’est normal de
tailler notre haie dans son jardin.
Ok. Tout ça grâce à une bonne entente de voisinage d’usage.
Sauf qu’elle n’est pas là souvent (la conne), que nous n’entrons
pas souvent chez les gens sans les prévenir, d’autant plus lorsqu’ils n’ont ni
sonnette et aucun numéro de téléphone connu.
Alors, aimablement, un petit mot a été glissé dans sa boite aux
lettres.
Cela ne m’empêchera pas, à l’occasion et très prochainement de
lui dire qu’elle est conne.
En fait, je crois que nous ne sommes pas justes. Les anciens propriétaires
nous avaient prévenus de son triste état. Notre jugement est donc faussé.
Il y a des journées où tout se concentre, un genre d’aimant à saloperies.
Puis tout passe.
