Discussions avec torts et travers

28 février 2009

Riv-hier

Le départ, c’était il y a 24 heures. L’au-revoir aux paysages enneigés, l’idée qu’il faudra revenir.

Puis, aujourd’hui. Soleil, quinze degrés étonnants comme si le changement de saison avait eu lieu en notre absence.

Penser, se dire qu’hier, c’étaient des pieds dans la neige, de la lecture sur le balcon, des boules de neige, des ballades, ne rien penser justement.

Amusant rapport au temps lorsque la différence est flagrante. Une journée d’écart pour deux lieux si différents.

« Hier à la même heure… », la réflexion fonctionne encore.

Bientôt, « la semaine dernière à la même heure… ».

Puis ce sera trop tard, le quotidien reprendra son lot de nouveaux souvenirs, fabrique à pensées.

 

C’était bien, une vraie coupure. Nécessaire ? Oui, sans aucun doute.

Se regrouper.

Dehors, il parait que c’est la crise. Elle est arrangeante beaucoup de gens celle-ci. Dans le quatrième tome des Romains de Gallo, il y a des notions de la philosophie de l’Empereur Marc Aurèle. Une version Carpe Diem. Une métaphore également concernant la méthode pour traverser la vie droitement.

Il faut donc se comporter, être comme une rivière, suivre son lit sans se soucier des autres, avec sa justice et son honnêteté propre, laisser glisser les gênants, ne pas se faire polluer, diluer.

J’aime bien l’image.

 

Le quotidien va reprendre, bientôt.

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25 février 2009

Au bout de la piste

- t’as des jeux sur ton téléphone ?

- oui… mais non…

- si ! le jeu avec les chiffres

- vas voir ta mère si tu veux apprendre à jouer à Sudoku,

Raté, elle revient. Finalement, ça ne sert à rien de trouver un endroit tranquille pour écrire un petit peu. Enfin, elle est là, allongée à côté de moi à faire tic tic sur mon téléphone. J’adore sa présence.

- ça serait bien que tu ailles te moucher,

- tic tic tic ça sert à quoi les billes en bas ?

Parle à mon… ma tête est malade. Vl’à qu’elle est bien installée du haut de ses 6 ans.

 

Bref.

Finalement, je n’ai pas tenu. Le livre. J’aurais aimé le parcourir chapitre après jour. En deux jours, c’était terminé. Hier je le finissais avec la déception de la fin, avec l’envie de le reprendre car je devais sans doute rater quelque chose. Je pensais.

Ni d’Eve ni d’Adam je ne connaissais l’auteur ni le roman daté de 2004 que je ne trouvais finalement que par le marché de l’occasion.

Vous savez, les lignes qu’il ne faut pas lire à l’arrière du bouquin. Ça commençait par : « Parce qu’un souvenir est une chanson, un homme se met à nu et raconte ce qu’il a dans le cœur depuis qu’il est tout petit ». Ça m’attirait.

Ce retour sur l’existence, un point à mi-chemin. Parce que le gars de l’histoire, il en est à la quarantaine lorsqu’il revient sur son avant.

Foutez-moi la paix avec la crise de la quarantaine, c’est comme une superstition, la paix avec soi-même, il faut la faire à un moment donné, peu importe ce moment.

Enfin, c’est un livre de plus que j’aurais aimé écrire si j’avais ce talent, cette patience, ce goût de finir un début avant de continuer une suite. Parce qu’à trop rechercher son autosatisfaction, presque parfaite selon ses propres critères, je n’avance pas vraiment. Ou alors ce n’est pas le moment juste.

 

Aujourd’hui, ils ont testé les spatules. Je me suis presque surpris à ne pas trop râler, tout en faisant téléski manuel pour enfant fainéant. Ah ma bonne dame, de mon temps, je remontais tout seul la piste.

Alors, c’est chiant et fatiguant quand même, la fierté de les voir glisser quelques mètres.

Mais je me suis envoyé des petites années plus tard, à quatre sur les pistes. Ils iront alors bien plus vite que moi.

 

Le grand me ressemble, c’est toujours aussi terrible à chaque fois que je m’en rends compte. Je n’étais quand même pas aussi tête de lard. Un écho familial me vient aux oreilles, à six cent kilomètres d’ici. Si si, tu étais comme ça, peut-être pire.

Non, non, pas pire, ce n’est pas possible. Oh si, tu ne te souviens pas mais si !

 

Non, je ne me souviens pas de tout. Que suis-je devenu alors ?

Et lui, quel sera son moment, le partagera t-il avec moi comme j’aimerai le partager avec mes parents.

 

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Juke Box – Jean-Philippe Blondel

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23 février 2009

Et au milieu coule une montagne

Les bruits sont étouffés, d’ailleurs, il n’y a pas de bruit. Un silence total, la nuit. Juste les convecteurs et encore. Il fait un noir intense aussi, celui qui n’est pas parasité par l’éclairage citadin. Le lit n’est pas l’habituel alors nous nous réveillons plus souvent, mais nous dormons plus aussi.

 

Le matin, en posant le pied à terre, il n’y a pas d’objectif, pas d’horaires, pas d’obligation. Si, l’expectative d’une promenade au village. S’agitent alors tous ceux qui sont chaussés de lourd, chargés de spatules. Nous, il s’agit simplement de se promener, de balader le chien, de profiter d’un coin encore plus tranquille pour se batailler dans les amoncellements de neige.

Nous finissons froids, et chauds à l’intérieur.

 

Le midi, face à la montagne. Le café et son chocolat. 1000 bornes, Uno, dominos, dadas, oie. L’autre promenade. La bataille, les bonhommes glacés. Au loin le télésiège emmène plus haut, le clocher de l’église regarde, imperturbable.

Je m’assois sur la table de jardin, au sec ou presque. Les nuages passent, nous sommes dedans. J’observe et profite, j’arrive à ne plus penser à grand-chose. C’est rare non, de ne penser à rien. Et aussi d’être là. Comme ça.

 

Le goûter. La douche. Je connais sans doute la suite. Quelques parties, des occupations simples. Même si c’était tous les jours, ce seraient des jours passant vite.

A plusieurs moments, je lis. Je picore le journal avec la satisfaction que si j’ai justement ce journal entre les mains, c’est que nous sommes en vacances.

Je lis des livres, espère tomber avec chance sur ce bouquin qui me rappellera cette semaine. J’en ai quelques uns comme cela, presqu’au regret de les avoir terminés tellement j’y étais plongé.

J’en ai un, déjà le deuxième depuis samedi, qui me parait très bien. Il parle de musique comme points de repère, de souvenirs qui construisent une vie. Alors que j’entrais dans l’histoire il y a moins d’une heure, je réalisais que je ne voulais pas que cessent ces instants. Le roman va pourtant se faire dévorer, avec plaisir, avec aussi l’idée qu’il s’achèvera trop tôt.

Comme cette soirée qui va commencer, ce jour qui file, cette semaine, ces vacances, ce mois.

 

Dehors, le nuage s’est élevé aux cimes. L’obscurité arrive. L’église va se teinter en bleu projecteur. Il parait que c’est très beau. Je prendrai une photo. Pour ne pas oublier.

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15 février 2009

Les temps modernes

Un jour, j’ai eu ce besoin de mettre à plat, de noter, pour ne pas oublier, peut-être ne pas perdre le fil. Alors j’ai écrit, balbutié des mots, émerveillé certains souvenirs. Il parait que pour être capable de vivre, l’esprit élimine ou atténue les mauvaises histoires de nos vies. Sinon, il faut imaginer qu’il persisterait une souffrance invivable. Cela ne doit pas fonctionner pour tous. Lorsque je pense à mes avants, j’ai des regrets mais tant de sourires qui viennent. Parce que je crois avoir fait le tri, inconsciemment. Il me reste des évènements tristes, quelque uns, une poignée d’évidents puis les autres dont le degré de gravité de l’instant s’est totalement dissous.

Et il y a tous les autres, souvenirs épatants, enjolivés par le récit. De la banalité à paillettes. Qui font mon aujourd’hui. J’aimerais pouvoir refaire certaines choses mais, de fait, leurs réalisations différentes feraient de moi un différent aussi.
Je revois des photos.

Lorsque j’écrivais – je ne pense plus écrire désormais- c’était un trop plein à évacuer, un sentiment d’inaccompli, de pas très bien. C’était voilà longtemps l’adolescence et obligatoirement ses excès de sensations. L’entrée dans l’adulte, un célibat trainant. Les premiers qui disparaissent. Ensuite, le passage à la trentaine, l’idée que mes plus intenses aventures étaient derrière moi une fois que les enfants étaient nés. Ah cette première moitié de trentaine, étrange, véritable deuil de l’adolescence, j’ai trainé pour ça, je ne comprenais pas tout.

Et puis la deuxième moitié de la trentaine m’a entrainé loin. J’avais accepté, enfin, consciemment. J’avais beaucoup écrit pour en arriver là, j’avais encore des idées dans la tête, si différentes d’aujourd’hui. Me voilà plus calme, plus apaisé en fait. Sans préjugé du demain, de l’heure qui suit, j’ai passé un cap à trente-cinq ans. Et si, plutôt qu’un retard, c’était une avance sur la quarantaine.

Aujourd’hui, il y a moins d’envies de raconter. En fait, il ne s’agit pas d’envies. Le vrai mot est besoin. J’ai donc moins ce besoin d’écrire. Toujours l’envie, c’est amusant. Mais le moteur de la nécessité n’est plus. Pour le moment, sans doute.

Et si, ce qu’on lit aussi, que le malheur, le mal-être est la véritable source de l’écriture, si c’était vrai, cela m’a traversé l’esprit. Je ne suis pas pressé, je veux bien lâcher le clavier. Encore plus.

TempsModernes

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12 février 2009

Du bon, du bon, du bonnet

Vivement les vacances. Elles sont différentes cette année. Parce qu’il y aura de la neige. L’année dernière, Carnac en plein mois d’avril, j’avais beau farter les spatules, ça ne suffisait pas pour éviter le granit des dolmens qui effleuraient.
Enfin, de toute façon, je ne skierai pas, ni madame. Madame, il va falloir du boulot avant de la faire descendre une piste.
Alors nous allons essayer d’y mettre les mioches, au club des Piou-pious. C’est comme cela que cela s’appelle. Ça va être beau, un vrai carnage, de l’envolée de quart de ski dans les bonnets.

Fiston, il est comme moi. Plus le temps passe, plus cela se voit. Ça doit être désespérant pour ceux qui m’ont –me- supportent. Alors fiston, nous aurons beau le mettre sur des planches qui glissent, s’il ne veut pas, ça ne le fera pas. Ou bien, il fera comme son papa, il attendra d’être en haut de la piste qu’il ne veut pas descendre, il déchaussera et balancera ses skis dans le sens du haut vers le bas. Un coup à refaire Les bronzés et « c’est passé à ça de ma mère » à travers le pare-brise.
Mais fiston, c’est qu’il en a du caractère, pas forcément celui qu’il faut au bon endroit. Mais je le travaille pour qu’il soit capable d’envoyer balader le monde entier quand il ne lui plait pas. Mes notions de sociabilité méritent d’être transmises.

Miss, c’est différent. Faut savoir que la neige sera trop molle, que grimper dix mètres en espalier ou en escalier, je ne sais plus, ça fait mal aux jambes, que le flocon est trop froid, les chaussures trop lourdes, que bien des choses extérieures à son petit confort sont perturbantes. Et tout ce qui peut être perturbant n’est pas forcément nécessaire.

Alors le moniteur, je lui souhaite bien du courage. Ou alors de la patience. De la contenance.

En attendant, peut-être que si les mioches décident de faire plus d’une matinée sur la piste, les parents pourront aller boire un génépi sur une terrasse en regardant les moumoutes emmitouflées.
Mais peut-être.

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09 février 2009

Le soleil est vert, vous savez

Au moment où vous vous apercevez de l’ironie de la situation, c’est déjà un pas de gagné vers la lucidité. Et je me le dis de plus en plus souvent, je développe cette capacité au mensonge dans ma vie professionnelle.

DSC00416Certes, quand c’est bleu, c’est bleu. Mais j’obtiens des bleus pales, des bleus foncés et quelquefois des bleus turquoise ou même verts. Je tends vers le changement de couleur et de ton, à force d’argumentaire qui file de plus en plus naturellement dans la conversation.
Face à moi, collègue chiant, intervenant commercial, ou je ne sais qui d’autres.
Cependant, dès que je suis directement intégré dans la conversation comme un maillon de la chaine, je retrouve cette humanité, cette distinction entre le bien et le mal, la vérité aussi.
Ce qui énerve au plus haut point mes proches, disons le donc, est une certaine mauvaise foi, une insistance à toujours avoir raison (il est vrai que c’est assez pénible pour les autres d’avoir souvent tort. Le fait est que ma perfection naturelle agace.).

C’est une arme relationnelle à affirmer de sang froid un avis pour ranger une décision de son côté.
Un outil de réussir à orienter, manipuler. Un combat quelquefois de longue haleine dont on ne comprend les rouages qu’à la fin. Il s’agit d’une sorte de communication, usuelle aujourd’hui chez les journalistes, les politiques. Jeux de dupes étranges d’où il faut sortir gagnant. Au dessus, eux aussi, utilisent, s’amusent presque.
Je m’étonne toujours, comprends, m’adapte, perds la raison dans certains contextes.

Point de gravité dans les propos tout de même mais des conséquences. Toujours avoir le recul, il faut.

Ou alors, le chemin devient trouble. Vous vous auto-persuadez d’avoir raison, toujours raison, que vous prenez toujours les bonnes décisions, parce que savez trouver les bonnes raisons, justifications.
Pire encore, vous découvrez que vous auriez peut-être des intuitions, un sixième sens.

Fariboles du monde.

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06 février 2009

Lecture des cartes

Pendant que deux enfants siamois malgaches trouvaient leurs indépendances, une maman californienne pensait à ses octuplés et à ses sextuplés, une autre maman laissait un tout frais nourrisson dans le tambour d’une machine à laver. Et puis je ne sais quel autre fait. D’hiver. GSK supprime 798 emplois à cause de la concurrence des médicaments génériques.

J’écoute, je découvre l’album de MGMT, une tuerie.MGMT

Alors la vraie histoire, c’est de savoir que la séparation des siamois est une méthode très efficace de communication pour une équipe, pour un chirurgien, en recherche de quelque chose (le mal n’est pas partout, j’ai mes sources).

L’autre histoire plus crédible, l’américaine qui vit chez ses parents. 2 + 6 + 8 + 1 = 17 + d’autres sans doute. A t’elle attendu d’avoir rempli les couveuses de l’hôpital avant de vendre les droits de sa première interview, de son article, de son livre ? Il faut bien vivre. Elle a choisi la valeur marchande. Elle a choisi la marchandise.

C’est terrible, GSK. Un laboratoire pharmaceutique subissant « l'avènement des génériques et des médicaments fabriqués à coût moindre dans les pays émergents ». Evidemment, pour les plaindre, il faut ne pas savoir que GSK, pendant les 10 années d’exploitation à prix d’or de ses propres médicaments, développent ses propres génériques. Ben alors, les génériques ne seraient pas les méchants ? Ce sont donc toutes les actions humanitaires pour les pays émergents. Il est méchant le pays émergent qui fait travailler du petit chinois ou petit africain dans une filiale de GSK…

L’argent ma pov’dame. On en perdrait son latin, ou son français. Le lien a été corrigé depuis. Sorte de lapsus révélateur quand même. Clique pour voir plus gros.

Bouse


Et là, vous me croirez ou non, mais dans l’instant, ma fille de 6 ans vient de me battre à UNO alors que je ne savais même pas qu’elle savait y jouer. Tout espoir n’est donc pas perdu dans la vie. Je continue d’être surpris par la Vie. C’est bien. Choix de cartes.

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Posté par barnabe à 19:29 - Critiques faciles... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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