28 mars 2009
Mes petites entreprises
Je ne vais pas encore parler de Bashung, je n’en parlais pas de son vivant. Certes, la postérité offre certaines choses. Bref, vous savez Ma petite entreprise, ça cause en fait de sa libido, pas du tout d’une vraie société avec des imbéciles dedans, non, c’est en fait une poésie cochon. Faut relire les paroles.
Et ça, j’ai l’air encore plus bête après l’avoir compris.
Donc, en discutant d’entreprise, je pense avoir passé un drôle de pas psychologique vers un changement, une mutation. C’est tellement bête de se sentir bien dans une boite, d’avoir ses marques (ah, confort quand tu nous tiens) et de vouloir en partir. Ce n’est plus une question d’humeur du moment, c’est se retrouver face à la réalité d’une gestion humaine déplorable. Et le salarié voisin dit alors mais c’est pareil dans ma boite.
Ce serait donc pareil partout. Pas de reconnaissance, injustice du traitement, sentiment d’abrutissement des masses pour le plaisir du plus galonné. Improductivité.
Alors le salarié change. En pleine période de crise (les médias le disent pour justifier les plans inutiles), y’a mieux comme objectif. Donc, il essaye de changer.
Ou alors le salarié monte sa boite, objectif personnel, envie. Comme si être son propre patron…
Quelle perte de temps. Il manque, il a manqué du courage. Ou un coup de chance. Une justification en fait. Comment optimiser tout cet investissement.
Quel est le moteur de cette envie de ne plus se satisfaire de sa situation ? J’ai trouvé un moteur, le genre 16V ou GTi (langage vieux) qui joue le catalyseur, qui n’est peut-être pas raisonnable, pas sensé. Je dois chercher le véritable avis rationnel, précautionneux.
Parce que la prise de risques n’a jamais été mon fort. Parce que, crédit, parce qu’enfant, parce que confort.
Pourtant, être action plutôt que réaction.
26 mars 2009
Hors du tempo
J’avais
oublié. Tu penses, six ou sept ans. Et en fait, en ses années qui viennent de s’écouler,
nous nous apercevons avoir mis de côté certaines choses avec un naturel
déconcertant et non dérangeant.
L’ambiance
des concerts ne se recouvre plus de fumée de cigarettes ou d’autres, les
bouteilles d’eau sont interdites à l’entrée, il y a toujours des rappels
prévus, les lumières montent et descendent, vont à droite et à gauche.
Et puis,
cette fois ci, c’était plus loin, en fait, en kilomètres (Amiens, tu penses, en
pleine province), mais en temps, ce devait être comparable à une aventure
véhiculée vers le Zénith de la capitale. Saloperie de bouchons de capitale.
Donc, d’un aller et d’un retour en Picardie, point de ralentissement, la nuit
tombe à l’aller, est installée au retour.
Deux
sandwichs, une très bonne première partie, Saule.
Une trop
grande pause, ou alors une trop courte première partie finalement.
Je ne rentre pas
immédiatement dans le tempo, le son même parait être moins fort qu’avant. Curieux.
Ou alors j’ai des problèmes d’audition ammortissante.
C’est vrai,
je suis assis. C’est quoi un concert assis ? Avant, j’étais dans la fosse.
C’est que madame est petite (bon, même avec trente centimètres de plus c’est
pas dit que non plus).
Le chanteur
court, saute, chante (aussi).
Petit à
petit, je pense que les voisins ne m’entendent pas beugler (dans la famille,
nous n’appelons pas cela chanter).
Deux heures
plus tard, j’avais mon saoul de musique et de chanson préférée.
Il y a eu un
temps, je restais face à la scène, jusqu’au dernier sorti. Juste pour regarder,
finir l’impression, se rappeler déjà. Aussi, j’enregistrais par tous les moyens,
un walkman K7 enregistreur planqué dans la chaussette qui fait boiter, un micro
perché sur la casquette. Que des bouts de plastique désormais, rangés encore
quelque part, peut-être grésillants. Obligé presque d’aller deux fois au
concert, une fois pour la technique, une seconde pour profiter.
Maintenant, c’est
juste profiter.
C’était
chouette ce concert, ça donne envie d’y retourner, pour le plaisir. Pour dire merde
à des soucis prise de tête entre deux coups de batterie.
Et puis Bénabar
a quarante ans en juin. Je le laisse explorer tout cela pour qu’il m’explique
la suite. Vivement la suite.
En attendant,
j’écoute les deux albums de Saule. C’est bien.
Les pieds dans la mouise
Une toute petite brise
Sur ma chevelure étoilée
Le regard interdit
D'un moineau qui chie
Sur moi, en été
Je suis un saule qui pleure
En attendant mon heure
Si le roseau pense
Moi mon coeur flanche
Regarde comme c'est joli
Un arbre triste la nuit
Qui quand tout l'monde dort
S'inquiète encore
Qui quand tout l'monde dort
S'inquiète encore
Hier deux enfants sont venus
Jouer à côté d'moi
Je crois qu'ils n'm'ont pas vus
Je suis discret moi
Je suis discret moi
J'suis comme ça
J'avais bien des choses à leur dire
Mais le silence est roi
Le roi des bois, le roi de tout
T'façon j'suis qu'un arbre et j'm'en fous
Je suis un saule qui pleure
En attendant mon heure
Si le roseau pense
Moi mon coeur flanche
Regarde comme c'est joli
Un arbre triste la nuit
Qui quand tout l'monde dort
S'inquiète encore
Saule (album 2007 – Vous êtes ici)
18 mars 2009
Nos luttes
Et ça fonctionne à chaque fois, comme un ressort con remonte, comme un escalier à double hélice de Vinci con grimpe. Je déteste démarrer au quart de tour sans besoin de manivelle. Juste un réflexe instinctif contre l’erreur, le mensonge et l’injustice.
Elle est belle l’histoire, comme un chevalier blanc qui lutte contre son lot de moulins à vent. Alors que finalement, ce n’est qu’un lot de chacun, comme souvent. Je réécoute Volutes. Il aura donc fallu qu’il casse sa pipe en bois pour que je m’y attarde. Ce sont devenus plus que ces refrains connus, cela devient des paroles et pour un peu, des textes que je comprends.
C’est un âge qui devient le mien et qui s’attarde sur d’autres aspects. Hasard de l’écoute, non, ce n’est jamais du hasard cette adéquation entre le moment et la musique qui convient. Il y a tellement de chansons qui n’auraient pas convenu à ce moment précis.
Vos luttes partent en fumée
Vos luttes font des nuées
Des nuées de scrupules
Vos luttes partent en fumée
Vers des flûtes enchantées
Et de cruelles espérances
Me lancent
Des dagues et des lances
En toute innocence
J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage
Vos luttes partent en fumée
Sous les yeux embués
D'étranges libellules
Pour une grimace et un rictus
De plus
J'fais des heures sup'
Je m'en donne de la peine
Je cogite je m'agite
Je rejoue la scène
J'cloue des clous sur des nuages
Un marteau au fond du garage
J'cloue des clous sur des nuages
Sans échafaudage
Et mon corps de se vouer
A des lunes surdouées
Aux courbes souveraines
Pleines pleines
Vos luttes partent en fumée
Sous des soleils qui s'ignorent
Dor- dormez
Mes réponses allongées
Mes que dire
Mes que faire
Mais comment ça tient en l'air
Ces deux hémisphères
Par quel mystère
Alors j’ai l’air plus idiot de ne pas m’être attardé avant.
Quant à mes luttes, celles qui deviennent si banales et si inutiles avec le recul, celles qui s’opposent conne un pot de terre contre l’autre de fer. A la fin, je perds. Dans le fond, je perdrai car je partirai. A moins que je n’aie cette patience qui peut être intolérable à l’homme normal. En fait de normalité, il s’agit de conscience simple. Il ne faut plus être conscient, réagir, même vertement, même instinctivement. Et si je veux défendre mon propos, lorsque je sais avoir raison. Vous iriez, vous, expliquer avec contre arguments, tout en sachant que cela ne peut que desservir. Ça ne se fait plus aujourd’hui.
Et j’en arrive à ne plus réagir. Pourtant, qu’il à tort dans sa tour d’ivoire, il ne rend même plus compte, tout embué qu’il est, tout gonflé de certitudes. Alors que tant, autour méritent une confiance sans ambition. L’humain est si terrible qu’il n’y a plus que le cynisme. Ou la guerre.
Bashung m’a parlé. Y’a pire non ?
17 mars 2009
En passant
En passant.
Vu hier soir. La guerre selon Charlie Wilson ou la version édulcorée des raisons historiques du 11 septembre de l’année que vous savez. C’est amusant (est-ce le bon adjectif ?) de connaître à posteriori l’Histoire qui se déroulait entre des bureaux américains et un sol afghan envahi pendant que je courrais les filles dans un élan boutonneux.
(J’ai eu l’adolescence tardive dans les eighties)
Le calme avant la tempête.
Vous savez qu’il se passera quelque chose. A un moment donné, en fait non, à un moment choisi, il y aura aussi dans ma chère boite le passage du mouvement perpétuel qui veut que l’entreprise s’adapte à la situation économique. Il parait que c’est une loi naturelle, sûrement énarque, et officielle (rappelez vous les cours de Sciences Economiques et Sociales, au lycée, seconde, au fond près du radiateur).
Joseph Fritzl. Mais non, vous pourrez dire ce que vous voudrez. Une décapitation précédée d’une série de tortures distrayantes et publiques, c’était quand mieux avant. Et ça n’a rien à avoir avec une quelconque influence télévisuelle de la série Les Tudors.
Vos luttes partent en fumée
Sous des soleils qui s'ignorent
Dor- dormez
Mes réponses allongées
Mes que dire
Mes que faire
Mais comment ça tient en l'air
Ces deux hémisphères
Par quel mystère
(Alain Bashung - Volutes)
Si le gamin veut aller voir des trous d’obus pendant les vacances de Pâques, est-ce parce que c’est un garçon, parce qu’il regarde trop Pokémon, parce qu’il souhaite approfondir son programme de CE2 ou parce qu’il pense qu’il y a autre chose à voir que des cratères remplis d’herbe ?
Je reviens sur Charlie. Finalement Ben n’est peut-être pas en Afghanistan, reclus dans un trou de terre mais dans une contre salle aérée d’un café saoudien.
Hier, je suis allé voir mon chiropracteur préféré. Il m’a dit que j’aurai sans doute quelques courbatures pendant deux ou trois jours. Le fait est que je n’aurai pas besoin de faire mon jogging ce week-end tellement j’ai l’impression d’avoir fait le marathon de New-York.
Au niveau du titre de la note, j’ai été jusqu’à imaginer un truc pseudo anglo-ch’ti tentant l’humour : « Pas’t’ch work ».
Bon raté.
02 mars 2009
Le temps de rien
Parce que les enfants ont plus de vacances que nous, les voilà encore dedans pendant que les imbéciles ont repris la direction des bouchons franciliens. Alors nous nous en sommes débarrassés.
Sainement, pas violemment.
Enfin, les grands-parents voient peut-être cela différemment.
Mais les grands-parents sont faits pour ça. Enfin normalement.
C’est une sorte de semaine de vacances en couple célibataire. Un truc bizarre qu’on ne rencontre que très rarement sur une année, qu’on ne compte que sur les doigts d’une main de lépreux.
La maison est calme, en fait, ce n’est plus du calme, c’est du silence. C’est perturbant le silence de la maison.
Le rythme est lent. Disons que le temps s’allonge, s’étire, se surmultiplie. C’est étonnant cette impression de vide.
Alors nous ne sommes pas dérangés toutes les deux minutes, pas de papa, pas de maman qui résonnent. Pas de pleurs dans un coin parce que l’autre y m’a fait ça. Pas de râlements non plus parce que non encore ça qu’on mange et que c’est beurk.
Pas de gloussements durant le repas des fauves qui traduisent forcément un champ de batailles de grains de riz ou de petits pois au sol. Pas de rot ni de pet (c’est comme ça chez nous).
Pas d’explication de texte sur la journée qui vient de s’écouler. Nos propres journées sont bien moins amusantes à conter.
Pas de question sur ci ou ça ou de qu’est-ce que tu fais.
Pas de contrôles policiers pour le brossage de dents, le coiffage, les lunettes dans l’étui qui doit être lui-même dans le cartable, le mouchage bien à fond sinon ça ne descend pas.
Pas de salle de bain transformée en piscine olympique, pas de chasse d’eau non tirée, pas de ahhhh tape pas ta sœur, ni de arrête de mentir.
Toutes ces choses qui nous font dire ouf enfin quand on les met au lit. Tous ces moments qui nous soulagent lorsqu’ils s’arrêtent et que le calme vient. Ce silence bienfaiteur. Ce enfin la soirée à nous.
Toutes ces choses qui font que je suis complètement perdu en leurs absences, sans repère.

