15 février 2007
Entre mêlées
Si je reste persuadé que les femmes se coupent les cheveux
quand elles prennent de l’âge pour perdre moins de temps à se coiffer, pour
voir moins de cheveux gris longs, pour se persuader que les jeunes nanas ont
des cheveux courts, pour se défaire de la coiffure des années imposée
inconsciemment par leur mère (qui a les cheveux courts), pour faire parler les
bavards, il ne doit pas en être de même des jeunes filles de moins de cinq ans.
Le scalp des femmes reste très personnel et intime pour elles
car, quel que soit l’avis esthétique de leurs compagnons, ça se termine
toujours par : « ça se voit que c’est pas toi qui passe 5 heures
chez le capiliculteur tous les mois ! ça se voit que ce n’est pas toi qui
te démêle les cheveux pendant des heures ! ».
Bref. Ma fille n’avait pas les cheveux trop longs, juste une
sorte de rectangle quand certaines ont des carrés.
Le problème est que sa mère n’a pas la patience et la douceur
nécessaire pour ne pas lui arracher, par centaines, ses poils de tête, à chaque
coup de peigne. Elle est sensible du crâne, ma fille.
Pour tout vous dire, cet été, j’étais chargé du démaillage
quotidien post douche.
Ma fille le disait : Papa sait faire doucement et maman,
elle fait rien qu’à me tirer les cheveux parce que papa, y l’est gentil et
maman, elle est méchante.
C’est véritablement la vérité, à peine répétée, qui sortait de
la bouche de ma fille.
Bref. C’était avant le drame. Comprenez bien qu’il m’aura fallu deux semaines avant de vous en parler. Pour accuser le coup.
Ma chère épouse, oui, la même pour laquelle bla bla, St
Valentin, bla bla (hein ! comme quoi mais bon), celle pour qui le meilleur
et le pire, la même personne en laquelle on a placé toute sa confiance pour
toute la vie, et bien, celle-ci qu’on essaye de ne pas décevoir, surtout moi,
perfectible petit homme, et bien, celle là même qui a profité d’un mercredi pour
l’envoyer avec sa mère chez le coiffeur.
Oui, celle-là. La femme de sa vie, qu’on dit.
Quelle trahison fourbe que d’avoir laissé ma belle-mère avec ma
fille et avec une consigne de raccourcissement volontaire de la coiffe.
Je rentrais éreinté d’une longue journée de labeur épuisante
avec l’espoir fou et sourd de retrouver mes enfants et mon adorable et aimante
épouse et de les serrer dans les bras lorsque je restai fixement face à un
petit être qui avait les traits de ma fille mais qui vraisemblablement portait
une perruque étrange.
La naïveté d’un enfant de quatre me sourit avec un : t’as
vu, j’ai les cheveux tout court.
Je répondais avec l’amour d’un père que c’était chouette,
qu’elle était très jolie.
En fait, j’ai hésité à la vouvoyer tant je ne la reconnaissais
pas.
Sans me prévenir. En plus. La tête de ma fille à moi.
Dans le doute et comme il est d’usage, je mettais tout sur le
dos de ma belle-mère.
Mais non, la mère de ma femme n‘avait été que le soldat docile
d’un général fou.
Les cheveux de ma fille n’avaient même pas été recueillis dans
un réceptacle placé sur la cheminée que j’aurais pu prier quotidiennement en
attendant que la Nature rende à ma fille chérie un aspect normal d’adorable
bambin de moyenne section de maternelle.
Je signalais donc à l’individu qui partageait le repas du soir,
après avoir couché les mômes, mon désappointement désabusé face à cette
décision irresponsable.
Elle me répondait que : ça se voit que ce n’est pas toi
qui la coiffe tous les matins ! (les femmes, ça répond toujours des
phrases toutes faites qui commencent par ça
se voit que).
Non, effectivement, je ne la coiffe pas, ma fille. Elle est
belle naturellement, instinctivement magnifique (d’aucuns diraient qu’elle
tient de tout ça de son papa et je n’oserais pas les vexer en les contredisant
modestement).
Elle ne nécessite aucun peigne agressif pour laisser ses
cheveux délicats flotter au vent.
Donc, la décision unilatérale de la raccourcir par le haut
était, sans nul doute, une hérésie déplorable sur l’autel de la responsabilité
maternelle, une sorte de vengeance de la mère sur sa fille à cause que, elle,
la trentenaire, a des tifs comme des baguettes, incoiffables (sûrement à cause
du traitement inhumain de ma belle-mère d’ailleurs).
Je me nourrissais donc du hachis Parmentier restant et des
reproches pour ma femme.
Les femmes, c’est méchant vous savez.
17 janvier 2007
Petits métiers entre amis
Sachons le tout dru, je n’ai rien contre les ingénieurs
commerciaux.
Tout d’abord, ils ne sont pas vraiment ingénieurs. C’est un
ingénieur commercial qui me l’a dit.
Par contre, ils sont vraiment commerciaux. Ce n’est pas un
ingénieur qui me l’a dit.
En fait, mon ami ingénieur commercial m’a avoué que ce titre ne
voulait rien dire et servait à rassurer le client sur les compétences
techniques de son interlocuteur ébahi devant de prouesses bucalo-mensongères.
Une fois que je sus ça, je pus regarder le gugusse au bas front
qui se présentait devant moi pour me vendre un photocopieur d’un air
suspicieux.
Ça sert d’avoir un ami ingénieur commercial qui vend des
photocopieur (si tu me lis, je te salue).
Donc, par un fait extraordinaire du fait de ma fonction
(relative, la fonction), je dus aujourd’hui enfiler ma casquette luisante de
commercial marketing pour vanter ma belle société que je travaille dedans et pour
appeler du pied des partenaires commerciaux.
Je ne suis pas du marketing. Je ne suis pas commercial. Ni
ingénieur.
Mais j’agissais de mes contacts pour les faire participer au
grand évènement de l’année qui se passe dans ma magnifique entreprise que je
suis heureux dedans.
Tout se passa bien jusqu’à cet ultime appel (au bout de 5
heures d’appels, contre appels, comme on dit dans les milieux sportifs
autorisés, je peux dire ultime) vers notre distributeur d’unité téléphoniques
mobiles préféré : SFR.
Comme je dis de ma femme quant à sa flamenkuche, (et plein d'autres choses que je ne peux pas vous raconter), sfr.
Bref.
Donc, je ressortais mon discours rodé face au gars qui s’appelle
Olivier comme on s’appellerait Bob l’éponge.
Partenariat, brainstorming, gagnant-gagnant, bénéfice, image et
bla bla.
Tu parles, Charles, évidemment que SFR n’a pas besoin de ma
formidable société et de sa remarquable image de marque pourtant leader dans
son secteur de niche à elle pour vivre et financer les vacances de Marcel
Desailly en Corée du Sud d’il y a 5 ans.
Mais en toute modestie marquée d’un T qui veut dire tête de
con, le gars dit qu’SFR a une charte Marketing, le genre de truc qui fait que
communiquer sur le foot, ça va mais le reste, ça sort de la charte marketing.
Alors bon, ça va être difficile. Qu'il dit.
Je n’insiste pas devant l’obtitude (Ségo, si tu me lis…) du
borné et souhaite clore la discute.
Mais le méchant reprend avec son SFR, sa stratégie de communication
ciblée et tout et tout.
Nous raccrochons.
Je suis sensé attendre le bon vouloir de son écoute attentive
face à nos offres ridicules de partenariat. Lui, ingénieur commercial SFR, lui,
petit nain de machine à mauvais café de couloir, lui, minable humain à la
philosophie de bulot.
Sache, petit crétin de basse fosse d’école commerciale, que l’excellente
image de la société qui m’emploie est directement liée à l’Art Môsieur, pas de revente
boursière de trottoir sale.
Alors tu vois, petit insecte bourru de certitude parce que SFR,
ah oui SFR, bien sûr SFR, pense donc, SFR, tout le monde en rêve, SFR, ben, je
te crotte.
Nous n’avons pas besoin de toi non plus.
Relativisons.
Les autres, Bien à vous, portez vous
bien.
A bientôt.
06 janvier 2007
La part pas ternelle
Les couches, les courtes nuits, le
stress, la bronchiolite, la kiné respiratoire, les sommeils agitées
entrecoupées comme un plat de carpaccio de bœuf, les chutes, la cicatrice
frontale impressionnante, les nettoyages à grands coups de serpillières, les
pleurs, le cinéma aussi, l’énervement, les batailles avec le grand frère à coup
d’attirail à dînette, l’inquiétude générale parce que, son sale caractère,
parait-il génétique, les caprices, les cris, les nuits courtes, encore, les
éternuements sur la chemise avant de partir au travail, les soirées-journées
ratées, les moments dérangés, tout ce qui est cassé, froissé, gâché, les
fièvres et l’inquiétude, encore, les braillements néanderthaliens, et demain,
pire.
Ouais.
On oublie pourtant tout pour ne
garder le meilleur, c’est simplement un réflexe instinctif du cerveau. On n’en
tiendra pas rigueur puisque cela vaut la peine.
Ouais.
En attendant, je lui prépare la bonne
part avec le ravissement anticipé d’un père face au sourire de sa fille à
couettes de quatre ans, je fais chauffer avec attention parce que la pâte est
souvent brûlante à l’intérieur, je dispose avec prudence la surprise à venir.
Je la félicite ensuite sans aucun
intérêt calculé, me complets dans ses ‘c’est moi qu’ai gagné !’.
Je la coiffe de la couronne Kirikou
avec un grand amour.
Et cette ingrate choisit son frère
comme roi. Si ça se trouve parce qu’il faisait le clown en face en levant les
mains.
Faites des gosses qu’y disent.
PS : N’empêche que consciente de
son affreuse erreur, elle est venue me voir dix minutes après pour m’affirmer
que le vrai Roi, c’était moi. J’accepte l’acte diplomatique.
*...songeur… Elle doit avoir quelque chose à me
demander…*
28 décembre 2006
L'hymne immatériel
Il suffit de le vouloir un tout petit
peu.
Noël est presque déjà fini avec ses
lots de choses matérielles.
Pendant que Madame préparait le
réveillon (j’vous raconte pas là), je tentais un nouveau Pôle Express auprès des enfants.
Le précédent, en ce 24 décembre 2005,
ne fut pas une réussite malgré ma satisfaction toute personnelle. Sûr que le
home cinéma garait le train dans le salon avec coups de tchou tchou qui faisait
vibrer le sol et le canapé. Le Pôle Express était donc un film effrayant car
trop bruyant.
Donc, le 24 décembre 2006, j’abordais
le problème différemment avec un son classique suffisant. La cadette allongée
avec sa tête sur mes genoux, le grand sur le bord de l’escalier avec son air de
ne pas regarder mais quand même un petit peu.
Le gamin télévisé était cette année
encore dans son âge critique, celui d’un basculement irréversible vers un
premier rêve qui s’échappe. Le grand ne nous avait pas encore posé la question
attendue du haut de ses six ans : dites, il existe le Père Noël ?
Non, c’était toujours aujourd’hui une
évidence, le bonhomme au gros pif et gros bide, habillé de rouge et de fanfreluches,
équipé d’une hotte, d’un troupeau de rennes et d’une armée de lutins espiègles
et corvéables non syndicalisés est vivant dans l’esprit des enfants.
Il continue de voir à travers le toit
les bêtises même si cela n’a que peu d’effet sur l’excitation des monstres, il
continue de descendre par la cheminée au feu éteint (ou alors avec un habit
ignifugé), il maîtrise cette magie qui lui fait parcourir le Monde en une nuit
(mieux qu’Air France et que la
SNCF réunies).
Je pouvais même les laisser regarder
le film plusieurs dizaines de minutes, dans leur subjugation béâte. Ils ne
bronchaient pas et je revenais vers la fin.
Il y a ce grelot qui ne tinte que
dans l’esprit des rêveurs, des croyants aux mythes, peu importe leurs
commercialisations. Il tinte à tout berzingue dans leurs petites têtes, encore
un peu dans la mienne. C’est bien d’y songer.
C’est gratuit ou presque. Et ça ne
dure que ce que ça ne dure.
Il y a des questions sur le comment
il fait, le gros bonhomme ? Mais il y a les lueurs dans les yeux, l’énervement
compréhensible et inévitable à cause de l’évènement.
Ensuite, c’est le lendemain matin, la
sauvagerie de l’ouverture, les ‘ah je l’avais commandé’, ‘ah c’est ce que je
voulais !’, ‘yes !’, ‘super !’.
Lui s’est levé à 8h30 après une nuit
moitié plus courte que d’habitude, est descendu, est resté devant le sapin puis
nous a rejoint dans notre chambre. Le Père Noël est passé, il y a des cadeaux.
Il y est retourné pour regarder
encore, pour observer, chercher de ses pupilles bien ouvertes son prénom sur
les étiquettes.
Il aura courageusement attendu le
lever de sa cadette vers 10h.
Je la réveillais doucement, lui
demandais quel jour nous étions. Le jour de Noël, le Père Noël est passé ?
Il y a des cadeaux ? demande t’elle comme premières phrases.
Juste le temps de sauter dans son bas
de pyjama et tout démarrait.
Nous avions notre cadeau à les
observer.
Le reste n’est plus que tournée des
grands ducs et des autres sapins familiaux.
Lorsque j’étais petit, je descendais
l’escalier, passais discrètement devant la chambre de mes parents, rejoignais le
salon en poussant la chaise qui bloquait l’accès au chien, restais quelques
minutes devant le sapin, me réjouissais, essayais de reconnaître les miens et
repartais rassuré mais toujours curieux. Ce n’était pas encore le matin mais je
pouvais attendre avant de sauter sur le lit des parents, puis avant de
réveiller ma grande sœur à grands bruits.
Je ne me rappelle plus si j’y croyais
encore ou non mais ce ne devait pas être très grave.
C'est immatériel.
En espérant que vos Noël se sont bien
déroulés.
Bien à vous et à bientôt.
Et merci.
06 décembre 2006
La conduite inconsciente
Je quittais le travail à 19h44.
Il n’y a pas d’heure pour les braves.
Effectivement j’avais l’impression d’être un brave gars.
D’un regard en arrière vers les
dernières fenêtres allumées du bâtiment, je savais que tout ce qui était hiérarchiquement
au dessus de moi était déjà parti en étant arrivé plus tard ce matin. Un brave
gars, je me dis.
Je tapotais mécaniquement sur le
volant. A 19h51, sur la nationale 19, il n’y avait pas grand-chose sur les
ondes des stations préenregistrées. Je zappais mollement sur l’autoradio.
Mes pensées partaient lorsque j’appuyais
sur le 6. Tout instinctivement je me mis à fredonner l’air.
Et
je tatata tata, et je tatata tata…
Je me disais que je n’avais pas parlé
des dernières blondes de ma vie.
L’avant dernière, c’était Diane Kruger.
Lorsqu’elle était passée dans la boite à questions du Grand Journal de Denise
et qu’un petit, sûrement effronté, osait demander culotte ou string, elle
répondait avec une pointe de rosissement string.
Ce fut la première fois de la soirée
que je détruisais mon mariage aux petits oignons.
Avec autant de réflexes inconscients que
je continuais à chantonner sur la chanson qui défilait vers l’autoroute A1 … ta da da da dada pam pam le plus haut !
tatatam … , je réagissais en un éclair à l’aveu de Diane : « ah
ouais, elle doit être bien en string ! ».
Il arrive qu’on pense des trucs tout
haut. J’aime bien penser tout haut, ça m’évite de me faire une entorse linguale
en tournant trop vite dans le dedans de ma bouche (à cause que, il parait, sept
fois, et tout ça).
A la tête de mon épouse et de son
fromage, je me suis dit qu’il est des réflexions intellectuelles qu’il ne faut
pas tenir à une femme. Ou à son morbier, question en cours.
Les lueurs brèves de la Seine St Denis défilaient sur le bitume, je roulais vite, j’étais toujours un petit peu perdu, un petit peu ailleurs. Je gazouillais, je psalmodiais en cœur avec moi-même. Et tu tatatadam en ziq funky, yeah !
La dernière blonde de ma vie, je l’ai
rencontré pour mon premier Woody. Non, ce n’était pas Madame Patate dans Toy
Story (à cause que Woody et Buz… bon laissez tomber… question de valeurs et
tout et tout…).
Allen bien sûr. C’est curieux l’image
qu’on se fait des gens qu’on ne connaît pas. Woody, j’avais une appréhension,
le genre d’impression de gars assuré de ses idées préconçues, un gars normal
quoi. Pourtant, un réalisateur qui n’a que du succès en Europe et notamment en France,
ça dit bien des choses. Bref, c’était Match Point et c’était Scarlett Johansson.
Bon une histoire ‘achement bien,
sympathique, drôle avec subtilité sur la passion et l’amour. Enfin, je résume
un peu comme ça.
…asse
frappe et tatata oque ! C’est terrible cet air.
Donc, un plein milieu du dernier
tiers du film, je commentais en expliquant que valait mieux que je n’aimais pas
ma femme passionnément finalement. Parce que la passion, bon on sait alors (même
si quand même enfin bon), tandis que l’amour un peu plus posé de tous les jours
(enfin quoi vous comprenez non ?)…
Il s’en est suivi un drôle d’échange de
cours de tennis (avez-vous appréciez le rapport avec le titre du film ?).
Ouais alors tu m’as jamais aimé passionnément
et tout ça, et tout ça…
Bon bah vaut mieux non ? Bon,
enfin les gars comprennent. Enfin, normalement ils comprennent mes mots. Les
femmes c’est compliqué. D’un autre côté, sûr que Scarlett… mais c’était malvenu
là.
Ailleurs aussi en fait.
Je continuais à piloter mon bolide de
5 bourrins fiscaux que la chanson se terminait.
C’est tout juste si je n’avais pas
battu des mains en rythme, que je ne les avais pas balancés à gauche, à droite
et en haut en beuglant un peu quand même.
Une annonce, une transition et la
radio démarrait sur le dernier Bénabar. Je revenais à moi et je prenais de la
vitesse.
Subitement, je réalisais.
Merde, c’était Nuit de Folie de Début
de Soirée.
Y’a des choses comme ça, faut pas les
dire.
Bien à vous et à bientôt.
PS : Et bises.
18 octobre 2006
De la responsabilité de l'époux
Il suffit de laisser un peu d’indépendance à sa femme pour s’apercevoir
qu’on ne la connaît pas et douter de son statut d’heureuse épouse sans son mari.
Quoique.
Alors que désormais je vais gambader sur les pelouses picardes
le mardi soir pour le plus grand bien d’un physique en évolution assez
extraordinaire (je dis ce que je veux), la
mère de mes enfants s’adonne au choix de son programme télé.
C’est ainsi que sentant bon l’herbe chaude, je m’affale avec
mon fromage sur le canapé devant Spanglish.
- Tiens, tu ne regardes pas Otage avec Bruce Willis ?
- Ben non, si tu voulais le voir en entier.
- Et ça c’est quoi ? c’est bien ? ça raconte quoi ?
c’est qui là ? et pourquoi ?
- … Si tu veux tu peux regarder le foot.
- bof, Lyon mène déjà 3-0 et Lille, c’est chiant. Alors c’est
bien ?
- C’est une mexicaine, elle est venue chercher du travail aux Etats-Unis,
dans une famille aisée.
- C’est tout ? ça fait une heure que ça a commencé.
[Le temps de finir le
fromage et d’aller chercher le yaourt]
- mouais, ça a pas l’air terrible, ils disent que c’est une
comédie ? Je n’ai pas encore rigolé en ¼ d’heure.
- bon bah change.
- oh non, si t’as choisi ça… Mais c’est quoi comme film ?
- une comédie dramatique jouée avec de très bon acteurs, c’est
marqué dans le journal alors que le film de Willis, ils disent que c’est un
film d’action de Série B efficace.
- Mouais. Mais je comprends rien. C’est qui elle ? Et
pourquoi elles se mettent à courir toutes les deux ?
- …
- En fait, tu ne me racontes pas parce que tu ne comprends pas
non plus.
- Bon, tu as regardé Collision
l’autre jour et j’ai été me coucher.
- Ouais mais Collision
c’était bien.
- Donc, tu me dis que tout ce que tu aimes, c’est bien et ce
que tu n’aimes pas, ce n’est pas bien ?
- Ben oui, c’est l’avantage d’avoir des bons goûts.
- C’est sectaire.
- Comme le fromage.
- ?
Oui, le Saint Sectaire.
- …
Et je suis allé me coucher pour lire Les Cahiers du Football.
Bref, le statut masculin passant impérativement par le contrôle de la télécommande dans le but d’une amélioration sensible du niveau général d’un couple, il faut considérer après cette discussion que je me dois de redoubler d’efforts pour que mon épouse ne tombe pas dans les travers tragiques de la femme capable de rester devant des bouses télévisuelles.
Le contrat spirituel du mariage oblige à certaines responsabilités de la part du chef de famille.
C’est important de le savoir.
27 septembre 2006
Les feuilles tombent
C'est la crise automnale.
De toute façon, je ne réussissais déjà pas mes premiers trimestres à l'école, ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer.
A vous les studios.
PS: Y'a quand même cette histoire de braderie lilloise mais bon.
25 septembre 2006
Mot-ivation
La dernière fois où j’ai eu l’occasion de faire une lettre de
motivation, je n’avais pas encore de blog.
Désormais, je pars dans des envolées lyriques sur mes
expériences et les postes, fonctions, et déblatérations.
A partir d’une prose classique, j’interviens par petites
touches timides en me freinant des quatre fers pour ne pas raconter ma vie à un
recruteur obtus.
C’est une situation très perturbante. Ne pas écrire de
connerie, ne pas écrire de connerie…
Non, je ne dois pas me faire rigoler en scribouillant (parce
que cela m’arrive, en effet).
Non, mes états d’âmes surdosés n’ont rien à faire entre
responsabilité et efficacité.
Là où une lettre était une corvée linguistique, je vais bien
réussir à en faire un petit truc amusant.
Le recruteur est il doté d’humour ?
Ne pas confondre note et lettre de motivation, non.
Il ne faut pas.
Il ne faut pas vendre la peau de l’ours non, il ne faut pas.
Faut que je sois sérieux. Un petit peu.
23 septembre 2006
La marque du jeune
L’avantage du week-end, c’est la tenue hautement perfectionnée
autorisée.
Notez la présence insidieuse d’un dinosaure rouge.
Ce qu’il y a d’étonnant c’est cette mode qui s’insinue dès le
plus gracile âge, ce joguinge relevé naturellement sur une des deux jambes
jusqu’au genou.
Il parait que chez les djeunzs, c’est un parallèle débile avec
les chaînes que les esclaves portaient à la cheville ou l’appartenance à un
gang.
Mais chez ma fille, ce doit être parce qu’elle descend du canapé
toujours du même côté, ou alors, c’est vraiment un signe de gang de maternelle,
ou alors elle hésite inconsciemment sur une future carrière de pêcheuse à la moule
à Arcachon.
Avec les jeunes maintenant…
Bon, faut que je l’habille (et pis moi aussi, la tâche de
chocolat sur le tee-shirt, ça le fait pas devant la postière en Solex).
Bon week-end.
Ah merd', v'là qu'elle fait la brasse sur le carrelage...
22 septembre 2006
C V-endredi
En fait, le taf, c’est un truc idiot.
Puisque la majorité des gens travaille pour remplir la gamelle,
c’est vraiment un système économique débile de s’obliger à faire durant une
aussi longue période quelque chose dans le temps qui nous est imparti sur cette
Terre.
Surtout lorsqu’il serait mieux de ne rien faire le vendredi au
soleil.
Surtout lorsqu’il serait mieux d’avoir le choix.
Je ne cesserai pas de me plaindre.
Donc, les CVs et autres lettres de motivation sont ressortis afin
de trouver une autre occupation mieux payée ou plus passionnante ou entourée de
gens intéressants ou culturellement évolutive ou simplement plus agréable.
Tout ça pour essayer peut-être de patienter jusqu’à soixante
cinq ans.
Le cynisme de la situation est si criant que je n’ai que peu de
remords à parfaire mon confort quotidien personnel pour oublier le reste.
A moins que ce ne soit la crise de l’automne, il va falloir se
vendre pour expliquer que oui, ne vous inquiétez pas, je suis l’homme de la
situation, la mission sera correctement remplie.
Le pire étant que je sais que c’est vrai. Il suffit de
commencer une carrière comme leveur de barrière pendant tout un été dans une
usine, d’être jardinier et de finir dans un fauteuil devant un écran en plein
blog pour être persuadé de sa capacité d’adaptation.
Pendant que je cherche ce nouvel employeur pour remplir la gamelle, je continue de ne pas me pencher sur ce que je voudrais vraiment faire et les moyens à mettre en œuvre pour y arriver. Et il n’y a pas de méthode miracle.
