10 juillet 2007
web v2.007 (5)
Comme je disais bien plus tôt, c’était mon zénith de
web, cette soirée là. Ensuite, vagues occupations, le regret quelque part de ne
pas participer au second soir de boite, d’avoir raté ça avec les autres.
Une longue discussion philosophique sur la notion
de plaisir.
L’insistance presque culpabilisante, mon caractère
qui ressort, des idées qui me parcourent et qui datent d’une dizaine d’année. Je
fais appel au libre choix dans la vie de groupe, sorte de faux joker.
Alors quoi ce web ?
Il ne manquait qu’une météo correcte qui nous
aurait poussé en bord de mer, juste pour voir le Mont St Michel s’ensabler ou
se dessabler, un foot sur la plage, une baignade, un plat de moules avec vue
sur l’eau.
Avec les années qui défilent, je crois que nous
connaissons l’architecture du web parfait : beau temps, une journée à la
plage, une soirée à la Butte,
Playstation et Wii, une soirée calme autour d’un tarot, une fin de soirée
philosophique avec cigarettes rigolotes et jus de pomme, un blind test varié, un
foot sur herbe, un concours de tennis-ballon, une journée au centre de loisirs
(avec si possible du pédalo), un vrai barbecue dans le four à pain, des apéros
qui trainent sur la table de jardin et sans pull additionnel, une longue discussion
sur les années lycées et sur les vacances d’été d’avant.
Nous y arriverons.
Avant que nos enfants soient assez grands pour y
participer.
Sur le chemin du retour, à trois pour mon compte. Jamais
d’échanges aussi adultes entre nous. Politique, syndicalisme, société. Impressionnants
dialogues à mille lieues des paroles de soirée.
Nous avons raté ces discussions sur nos vies. Nous
ne parlons que rarement de nos vies, dans le civil, hors web. Et pourtant, nous
ne sommes plus liés au passé.
Je crois qu’on tient quelque chose.
08 juillet 2007
web v2.007 (4)
- Ça fait des années que je ne suis pas allé en
boite,
- oh moi, j’y suis allé il n’y a pas longtemps…
*réflexion* … la dernière fois, c’était il y a deux ans…
- deux ans !? Ah ouais, pas longtemps, tu m’étonnes !
Nous n’en n’avions pas eu l’occasion ou la volonté
les autres fois. Une boite, tiens, voyez débarquer sept gars parfumés en tenue
quelconque, se tenant par les épaules, rigolant déjà, comme une sorte d’alchimie
masculine, de ces meilleurs potes qui se comprennent et qui sont heureux d’être
là, juste là, juste ensemble, en dehors de tous contextes. La même boite d’il y a quinze ans,
la même que, 90% des jeunes présents ce soir ne risquaient pas encore de
connaitre à l’époque avec leurs âges d’écoles primaires d’alors. D’abord, pour y accéder, sept dans une familiale, Mika
à fond des enceintes, minuit passé, à la bonne heure. Un capitaine de soirée,
une sorte de d’aspect sérieux de l’un de nous, comment faisions nous il y a
quinze ans. Juste un peu de chance.
Le contexte, c’était la Butte.
Décalage. Non, pas tant que ça, pas temps que ça.
Je n’étais pas le capitaine, un peu trop agité sur
le retour.
L’entrée, le décolleté plongeant de l’hôtesse de
caisse. Oh belle jeunesse. Trouver une place pour se poser, peu de monde le
vendredi soir, une salle fermée, celle du toboggan et du pop-rock. Une bonne
banquette légèrement en retrait avec une bonne vue.
Allez savoir si c’était la mauvaise organisation du
début de soirée et le manque de coca dans le sky-coca ou la vodka pure
désinfectante mais nous avions soif. Les courses faites au bar, je prenais
place. Tranquille, philosophe, observateur, sur le canapé.
Nous servons quatre verres et nous retrouvons à
deux face à la bouteille.
C’est un bon moment, celui où je ne fais rien qu’à
prendre le temps.
Dix mètres à gauche en contrebas, un couple se
galoche sévèrement, sans assistance respiratoire, elle sur les genoux de lui,
et ça tourne.
Nous nous disons que nous n’embrassons plus comme
cela après quelques années. Comme si l’exploration buccale n’était plus
nécessaire, nous étions passés à autre chose.
J’observe avec amusement, avec ce drôle de recul de
l’homme plus mur, celui qui sait, celui qui maîtrise, celui qui … et puis,
surtout celui qui n’a plus besoin d’aller à la chasse.
Ce n’est pas du dédain, c’est de la juste tendresse
pour eux.
Mais c’est dingue un roulage de pelle qui dure
aussi longtemps, ce sont des travaux publics, c’est peut-être même dangereux,
elle ne devient pas bleue là ? Non, ce sont les spots.
Je les regarde et me ressers un verre.
En face, cinq trentenaires se meuvent avec l’assurance
d’un troupeau de vieux lions dans la savane. C’est beau la trentaine. Je me
marre bien.
La musique est vraiment quelconque, ce n’est pas
essentiel. Je ne fais pas l’épisode du ‘c’était mieux avant’. Le DJ parle de la
fin des exams, qu’il est temps de fêter ça. Nous sommes désormais trois assis,
nous nous regardons, nous nous demandons mutuellement si ça a été les exams. Nous
sourions bêtement.
Le temps passe vite, les glaçons aussi. Ils ne
viennent pas boire leurs godets. J’attaque avec mon poteau de soirée les verres
des autres. Il y a une grande avec robe rouge, l’autre qui tourne autour d’un
de la troupe.
Nous nous levons de concert, vas-y, attaque !
Nous nous rasseyons pour fêter ça.
Nous avons été sur la scène quelques chansons. Puis
le temps continuait de dérouler, sans emprise sur nous. La bouteille était
vide.
Certains repassaient en coup de vent pour regarder
leurs verres vides. Tout vide.
Il y a eu des danses à sept, enfin huit, il y avait
une fille à un moment donné, puis une autre qui me racontait n’importe quoi.
Ensuite, ce sont des bribes. Il y a eu l’étrange défilé
des femmes en blanc, en robes blanches bien moulantes avec des cadeaux à
distribuer. J’attrape ce que les autres m’envoient. Deux cadres photos, des
trucs dont je n’ai pas souvenir, puis j’en vois deux avec des bonnets de Père- Noël,
je récupère une coiffe d’apache avec de belles plumes. Je suis en pleine forme.
J’y vais, je reviens.
Puis, des groupes se forment, ils reviennent, ce
doit être la fin. Quelle heure ? Cinq. Bigre. Une envie pressante. Je me
retrouve dans l’expectative face aux pissotières. Certaines me paraissent tout
à fait normales mais dans le coin il y en a deux. Faut imaginer deux
pissotières de coins, évidemment, sans séparation dans l’angle, avec de la
place pour un. Le deux, je ne sais pas où il voulait le mettre. Pour vérifier,
je prends la place. Effectivement, même si j’ai forci, impossible de tenir à
deux dans l’angle. Bizarre. Afin de n’attirer personne, j’arrose des deux côtés.
Je marque le territoire, ce n’est pas à mon âge qu’un petit con va me jeter de
là.
Dix secondes après, deux gars, un à celle de
gauche, l’autre à droite qui continuent leur discussion. Puis, l’un me regarde,
un regard neutre d’hommes de pissotière. Il dit, joli chapeau. Je réfléchis et
réponds, ouais mais je ne suis pas l’indien des Village People. Si ça ce
trouve, avec sa tête d’adolescent, il ne connait même pas l’indien, ni l’ouvrier,
ni le policier. Triste jeunesse.
Je lui demande s’il a une idée sur les deux
pissotières d’angle. Il ne me parait pas très éveillé. Je quitte l’endroit avec
la question en tête.
Je rencontre une partie des autres et leur demande
s’ils ont vu les pissotières d’angle. Personne n’a fait attention. Mais ils
me regardent bizarrement. Peut-être les plumes.
Je crois que c’est l’heure de partir, je suis de
plus en plus en pleine forme. Je rejoins mon poteau exclusif de bouteille. Nous
sommes désolés que la soirée s’achève, nous serions bien restés encore. La
foule part, les autres paraissent fatigués, je ne comprends pas tout ce qu’ils
disent.
Me voilà dans la voiture, dans la rangée du milieu,
à droite. Mon pote est à gauche.
Il parait que nous avons beaucoup rigolé pendant le
chemin du retour, que nous avons beaucoup embêté nos voisins, d’à côté, de
devant et de derrière, que nous parlions fort. Ils devaient être épuisés par la
soirée, c’est sûr, danser autant sans se désaltérer, ça fatigue.
A l’arrivée, il fait presque jour. Nous souhaitons
que tout le monde attende de voir le soleil se lever. C’est beau un lever de
soleil en Normandie. C’est rare aussi. Ils manquent de volonté, quelque chose
me dit qu’ils ne sont pas très participatifs. Ils vont se coucher. Je vais en
emmerder deux dans une des chambres. Deux loques m’observent l’œil hagard, l’un
lit un bouquin de la bibliothèque verte et l’autre est avachi côté radio réveil
en marche. Je fais mine de maîtriser mon état et ça marche.
Je reste avec le seul qui me comprend. Nous
discutons un instant, puis je rentre, je bois un coup (de l’eau), pisse dans
les thuyas des voisins et m’apprête à prendre l’horizontalité de ma situation. Je
prends deux aspirines pour la route du sommeil.
Lui décide d’aller marcher un peu, je rentre
finalement, un peu froid, ferme le volet roulant. Il y a la porte de derrière,
il y pensera. La chambre bouge un peu mais je trouve l’entrée du duvet, bien
que celui comporte quelques nœuds. Il doit y avoir des bêtes autour, je m’en
fiche, je n’ai pas peur. Le petit Velux est légèrement ouvert, le rideau
tourné. Je n’ai pas froid et sombre.
Après.
(En fait je ne saurais apprécier le temps qui se
sera écoulé)
Il fait jour ou pratiquement, j’entends du bruit
sur la toiture. Je me retourne vaseux dans l’autre sens. C’est bizarre cette
sonorité, poc et tiguidiguidi. Poc et tiguidiguidi. Plusieurs fois. Ma
curiosité n’est pas assez forte, je pense que ce bruit doit cesser, je marmonne
et devient grossier. Tout s’arrête, je re-sombre.
Le lendemain. A peine cinq ou six heures plus tard.
Je me ramasse laborieusement, chaque geste fait
mal. Je tiens, il faut que je mange, juste manger.
Une banane, deux brugnons, un yaourt. Nouvelle
banane puis du quatre-quart.
Il fait trop jour dehors, je ne supporte que les
lunettes de soleil, et encore.
Affreuse journée qui débute et justifiera mon
forfait du soir pour la Butte.
Une discussion.
C’était quoi les bruits ?
C’est l’autre, me dit-on. Tout était fermé, ouais,
je sais, j’ai fermé le volet mais il y avait la porte de derrière. Fermée par
un autre, comment pouvais-je savoir, on ne ferme jamais les portes ici.
Il a commencé à envoyer des petits cailloux.
Effectivement, je retrouvais par la suite des
pièces à conviction sur la moquette. Enfin, des petits caillous, c’était limite
galet. C’est qu’il a bien visé le bougre.
Il a continué avec tout ce qu’il avait sous la
main. Un pot de Danette qui trainait est retrouvé dans la gouttière. Nous l’avons
récupéré avec l’aspirateur mais la petite cuillère est considérée comme
définitivement perdue. Voyant que ça ne marchait pas de mon côté, il change de
tactique.
Il balance le ballon de foot sur les volets. Un
volet a été ouvert, il s’est fait engueuler, logique, il s’est défendu de ne
pouvoir entrer. Un courageux se lève pour lui ouvrir en râlant.
La maison retrouve son calme.
06 juillet 2007
web v2.007 (3)
Les journées commencent tard. Ou les soirées
commencent tôt. Tandis que le petit déjeuner se prend vers midi, que l’encas
peut s’absorber vers seize ou dix-sept heure, le diner ne débute pas avant
vingt-trois heure ou presque. Une sorte de rythme latin, hispanique.
Espa, d’accord mais gnol pourquoi ? La
référence de Lanvin ne fait rire que moi.
Mais l’Espagne en Normandie du sud, il manque un je
ne sais quoi de météo affriolante. Ce ne sont pas les taureaux, les champs en
sont plein.
De plus, allez savoir pourquoi la fête de la
musique se déroule toujours sous la pluie. Nous avions pourtant minimisé les
risques. Du 20 au 24 juin, quelles sont les probabilités d’ondées quotidiennes ?
Est-ce cela, ou l’âge, ou les saucisses artisanales
grillées à la cheminée, ou le boudin noir préparé la veille, mais le fait est que
nous n’avons couru l’herbe qu’une seule fois. Non sans peine, le terrain
municipal provincial se verrouille désormais comme une loi sarkosienne. Il faut
chercher ce carré de pelouse libre d’accès où nous pouvons gambader l’air
tranquille et heureux.
L’un a roulé l’herbe souvent mais tous ne l’avons
couru qu’une seule fois. Oh vieillesse, oh corps ennemi !
C’est ainsi qu’un combat dantesque de pédalos vieux
d’une décennie se transforme en mini-golf. Mais la blonde vénitienne anglaise à
forte poitrine qui tend les clubs est plus jolie cette année.
Et les temps changent. Cinq gars attablés à une
hutte demandant des tartines n’ayant même pas assez de monnaie. Sûr que nos salaires
cumulés nous permettaient de l’acheter leur cabane déserte, mais là, point de
déballage de carte bleue devant les méchants, il nous fallait faire les fonds
de poches, les rangements des voitures, tout retourner pour s’offrir ces
malheureuses tranches campagnardes réchauffées au micro-ondes.
Triste sort.
Les journées passaient vite, sans faire de grandes
choses certes, mais vite, simplement un interlude de vacances pendant lequel je
ne doutais pas que chacun avait dans le rétroviseur les soucis du quotidien.
Deuxième soirée, nouveau et long blind test, autres
Wii et Playstation, discussions abusives, musique et pas une carafe d’eau sur
la table.
Troisième soirée, et tout se décide vers vingt
trois heure trente.
Quatrième soirée préparée en deux programmes, le
court et le long.
Point d’orgue tout à fait personnel, ce troisième
soir, la boite, le retour et le pot de Danette.
La cuite, la murge, l’ivresse. La joie.
04 juillet 2007
web v2.007 (2)
Avant la fin et passée l’excitation des préparatifs (comme un
vrai rendez-vous amoureux d’adolescent, il faut que cela soit parfait, jusqu’à
la couleur du caleçon) : il y a le départ.
Cette année, organisation optimisée sur fond de réchauffement climatique et d’économies : deux véhicules pour sept. En fait, non, c’est un hasard, d’habitude, il y a deux motos, un bus et trois voitures.
L’un venait directement, on ne sait pas comment, un collègue
parait-il, m’enfin un collègue jusqu’à Domfront, vous savez où c’est
Domfront ? bien alors, c’est ce que je disais. Soit disant professionnel
comme déplacement qu’il disait. Il donne
des labels à des jambons, il
estampille des origines contrôlées
sous couvert de pots de vin, il contrôle finement des produits
alimentaires avec professionnalisme avant de donner son aval qualitatif. Enfin,
le genre de déplacement qui se termine à trois heures du matin dans un pub.
Vous connaissez Domfront ? Toujours pas. Vous voyez bien.
Donc, il était déjà sur place, nous l’avons récupéré à 18h, comme prévu, en costard froissé avec pratiquement un short et le maillot de Manchester en dessous. Nous l’avons trouvé à Céaucé (prononcer Sauce pour les profanes). Comment est-il venu à Sauce, nous ne savons point.
C’est ainsi, le web originel, perdu dans la nature normande, en
Mayenne, entre deux vallons et des milliers de champs bovins. C’est comme le
petit chemin de son enfance, il a ce goût des bonnes choses et de la confiture
de mère-grand, même si le chaperon rouge a bien grandi.
C’est vert en cette saison la Normandie. En fait,
c’est vert souvent. L’herbe est grasse, le crampon se monte haut et les vaches
du pré aussi (enfin, les taureaux le meuglent).
Nous nous rejoignions après trois heures de route consciencieuses depuis la porte de Clichy et une première visite au Proxy d’à côté (ravitaillement officiel).
C’était mercredi. C’était pire que d’habitude, le week-end
commençait le mercredi après-midi.
L’autre meute partait de Paris pour arriver à la nuit presque
tombante, à l’heure même du troisième apéritif d’attente, celui qui s’intercale
entre la quinzième et la seizième partie de tennis-ballon.
Ils auront redécouverts la longère normande différemment au
soleil couchant, déjà bruyante, pas dans cette sorte d’intimité, lorsque nous
ouvrions les portes pour la première, avec les senteurs particulières de renfermé,
que nous repassons dans les pièces, observons les petits changements, prenant
le temps de s’imprégner de l’atmosphère, de se dire ayé on est chez nous.
…
C’est ainsi qu’à une heure du matin, un pc portable était
dehors et nous visionnions le film de l’année passée, l’année de Berck, c’est
ainsi que les bouteilles se vidaient humblement, que la Wii et que la
Playstation chauffaient, qu’un premier blind test ziq était passé et que la
découverte musicale du web s’inscrivait déjà définitivement dans nos tympans.
Mika.
Et son album, Life in
cartoon motion. Des influences, un peu de Queen, des airs de George
Michael, de la pop 90. Des trucs étranges, qui ne se ressemblent pas. L’analyse
musicale ne dure jamais bien longtemps car l’usage d’une telle unanimité
auditive et alcoolique devait indéniablement nous conduire à moitié à poil pour
une chenille festive.
Il y a des précédents filmés et photographiés qui me permettent
de l’affirmer.
Mais en fait, sobrement jusqu’au bout du week-end, Mika nous a
accompagné.
Sobrement, c’est une blague. Mais il n’y a pas eu de chenille,
juste tout au plus des amoncellements de corps, des joutes moyenâgeuses.
Le pire n’était pas encore passé. Comme on dit, c’était avant
le drame.
02 juillet 2007
web v2.007 (1)
Scène :
appartement parisien, bureau, Thérèse au téléphone l’air outrée et Madame
Musquin prend le relai.
Madame Musquin : « Très poétique…très très poétique, je ne
connaissais pas toutes ces expressions.. »
Le pervers : « Bah vi, bah vi…. »
Madame Musquin : « Et bien allez-y Monsieur, insultez-moi à
loisirs, nous sommes là pour ça….Mais que se passe-t-il ? Vous ne continuez pas
Monsieur ? Vous en étiez à « peau de couille », que se passe-t-il ensuite ? »
La fin d’un web (week-end beauf) annuel, de cette réunion
champêtre entre amis de vingt ou trente ans, c’est un peu la peau de couille de
Madame Musquin.
Nous jouerions le rôle du pervers car le retour à la vie
normale est une réelle perversion psychologique. La peau de couille est une
sorte de peau de chagrin, comme ce temps qui s’est effilé durant quelques
jours.
Que se passe-t-il après peau de couille ? Que se
passe-t-il ensuite ? La question.
Et cette idée de perversité de l’adversité ?
Avant de parler du début, il y a la fin. Un web se finit
toujours en peau de couille. Et c’est pervers, je l’ai déjà dit. Au moment, où
il faut penser à ranger, à replier le duvet ensuqué, à retrouver ses propres
bas de foot (aparté : en football, les chaussettes se nomment les bas, et
ça n’a rien de pervers) dans l’amoncellement incroyable de fringues odorantes
qui jonchent toutes les pièces de la demeure, à ce moment là des recherches
avec chien truffé nucléairement, je ne pouvais m’empêcher de me dire :
chouette je rentre.
Pourtant, à côté de ce ‘chouette’, il y a un état
intermédiaire qui me rappelle l’histoire du pot de Danette. Et c’est cela qui
est pervers. C’est l’état intermédiaire entre la route du retour, les
retrouvailles avec la famille ; les enfants, et le pot de Danette.
Comment se réjouir de deux choses diamétralement opposées qui
remplissent d’aises deux récipients moraux qui divisent son cerveau. Comment,
pour reprendre le chant d’amour du crapaud, deux sensibilités masculines cohabitent ?
Il faut avoir deux faces pour comprendre, le côté sombre et
le côté blanc.
Il faut s’imaginer sobrement assis sur sa chaise de bureau,
face à un écran terne excelisé ou debout devant deux pissotières à angle droit,
au bout de la nuit et chapeauté de plumes d’apaches. Il faut être capable d’embrasser
béatement ses enfants pour les endormir et de roter grassement à la figure d’amis
de concert. Il faut pouvoir discuter sagement avec son épouse chérie de l’avenir
du monde et débattre fiévreusement de la relégation de Nantes en D2 et des
relations sexuelles de Pires avec Estelle Denis (la dame de 100% Foot sur M6,
compagne de Domenech. Cela expliquant la mise au rebus des sélections
nationales du Robert qu’a musclé son jeu sur le coup).
Le Yin et le Yang. Le côté sombre de la Force. Le foie gras ou les rillettes.
L’obligation de retour l’emporte en fin de week-end et cette
logique centripète me rapproche du centre de mon équilibre d’où je m’étais
éloigné un instant, quatre jours, en naviguant dans les limites satellitaires de mon
orbite personnelle.
Heureux de retrouver son lit, celui dans lequel je dors plus
de quatre heures par nuit et à côté duquel je n’entends ni grincer des dents,
ni ronfler, ni mastiquer, ni les mouches et ni la musique à 6h00 du matin.
Malheureux de quitter la maison de campagne dans laquelle il
n’y a plus aucune pensée sensée, plus de stress du temps, des potes, des vaches
et des aventures presqu’imprévisibles.
Finalement, au bout du trajet, quand les villes se multiplient,
que les fumées envahissent le ciel plus grisement qu’un ciel normand, que le
Monde vient d’être refait en deux heures de discussions, tout est presque déjà
oublié. Et il y a ce partage des hémisphères : ce « enfin ! »
et ce « vivement l’année prochaine ! ».
Il reste des courbatures, des bleus, une coupure au doigt,
de la fatigue, un ventre distendu à l’intérieur déséquilibré, des photos, un
film dont je ne sais toujours pas réellement ce qu’il contient, des souvenirs qui
me font pleurer de rire à chaque racontage, un sentiment partagé et tellement.
Nous sommes trois à avoir éclipsé la fin du week-end, à s’être
sauvés presque sauvagement, presqu’habituellement, sans doute honteusement,
dans la culpabilité (celle qui se diffuse rapidement). Ils sont restés à quatre
pour finir.
Il y a déjà eu des fins communales et il y a déjà eu des
fins abruptes. Deuxième catégorie pour l’édition 2007.
Et je disais : nous ne garderons que le meilleur, comme
d’habitude. Et c’est bien cela qui nous fait repartir.
20 juin 2007
File au sophisme 2
Hier soir pendant le Grand Journal (C+).
Elle se dirigeant vers le salon.
Moi me dirigeant vers la cuisine (si, ça n’a rien d’étonnant)
Moi : N’importe quoi la question d’Ariane (Massenet) !
Elle demande à Tony Parker s’il est stressé par son futur mariage avec Eva
Longoria. N’importe quoi, comment tu peux être stressé si tu te maries avec Eva
Longoria ? Même si c’est une naine.
Elle : Enfin quand même, avec une belle femme comme elle,
ça peut être stressant.
Moi (la tête dans le frigo) : boh, tant qu’il la nique.
Elle : … !
Moi : oh pardon, je me suis mis en mode : Web
(week-end Beauf) sans m’en apercevoir ! Oh vraiment désolé. Disons que l’essentiel
est ailleurs.
Vous voyez, à la veille d’un long week-end entre gars, ça s’appelle
une sortie de piste.
Rien d’anormal, l’accident de parcours, une sorte d’Ayrton Senna
du vocabulaire de couple. Vous comprenez, la tension à l’approche de se retrouver
annuellement entre potes de trente ans, le désir d’être prêt, affûté, précis, vif
dans la retournure, dans la galéjade.
Chaque fois, à la fin de ces moments de retrouvailles commence
l’entraînement pour l’année suivante, la préparation psychologique, l’étude de
ses ratés pour mieux figurer douze mois après. Surtout ne pas trop écouter de
U2, quelques New Year’s Day, un With or without you mais surtout pas de Sunday
Bloody Sunday, surtout pas malheureux ! Il faut remonter la machine pour
que lorsque la batterie du morceau débutera, ce soit comme la première fois.
Il faut être tendu comme une ficelle de string, frétillant,
émoulu, paré pour un démarrage au quart de seconde.
Voilà, tout est en place.
Départ en après-midi.
Souhaitez nous bonne chance.
19 juin 2007
File au sophisme
Je me rappelle d’un dimanche matin.
Je suis sûr que c’était un dimanche matin puisqu’il y avait Téléfoot. Juste avant, il y a AutoMoto, puis la météo de la journée. C’est curieux
comme ces dimanches matins là me reviennent en tête.
Téléfoot, c’est bien
pour ces moments là, il n’y a pas grand-chose qui provoquent les neurones, il
suffit juste de se laisser regarder par l’écran de télévision.
J’ai bien du rester deux ou trois heures devant le poste, assis
sur cette chaise en bois. Il y a eu du mouvement autour pendant cette période
je crois qu’ils sont passés et repassés, ils ont été se promener ou ailleurs.
J’étais avec mon verre de jus d’orange sur cette chaise. Tranquille,
philosophe traitant de la forme du monde. Sans doute.
Il parait que dans mon étude de l’Univers, j’émettais des borborygmes
à chaque question qui frappait ma bulle.
Ils ont du conclure que Thierry Rolland pouvait avoir des
effets néfastes.
Il pleuvait un peu dehors, c’était frais lorsque la porte s’ouvrait.
Ou alors il y avait du soleil. Ou c’était la lampe. C’est curieux les
effets de lumière.
Il fut possible que pendant mes réflexions (intenses), j’eusse une
sensation de résonance intracrânienne avec boursouflures neuronales aboutissant
à un léger mal de tête.
Léger, comme la plume d’un oiseau qui virevolte dans l’air
primesautier du printemps ou comme la chiure d’un obèse pigeon parisien qui
tombe sur le pare-brise d’une Mini-Cooper. Je ne sais plus.
Puis tout est redevenu normal, je me suis élevé au dessus de la
campagne, j’ai fait deux tours sur moi-même, j’ai été aux toilettes, puis j’ai
repris une activité normale. C’était déjà l’heure de l’apéro.
D’aucuns ne comprendraient pas cette capacité que peut
développer une meute d’hommes bien portants à prendre de la distance sur leurs
vies, sur l’insignifiance du tout et du rien, sur le renforcement intellectuel lié
à la sélection naturelle de neurones.
C’est un peu cela et tout aussi à la fois le week-end qui
arrive.
Nous allons réfléchir.
C’est beau un homme qui pense.
15 juin 2007
Préparation psychologique
7 gars, 0 fille.
L’organisation logistique est définie. Trois véhicules, un sur
place la veille, un autre l’après-midi du mercredi, l’autre le soir du même
jour.
Courses prêtes : jus de fruits, Despé, Guinness,
chips, whisky, vodka, caramel, limonade, cacahuètes, coca, purée mousseline,
pizzas, paella en boites, merguez et chipo.
En format familial.
Dans le doute, une vieille prune ou une poire (mais avec de la
pomme dedans).
Accessoires artisanaux : ballons, ballon de plage, ballon en mousse, boules de pétanque, raquettes de tap-tap, badminton, mini-ballon.
Accessoires techniques : Playsation2 et PES6 (4 manettes),
Wii et Wii Sports (4 manettes et 2 nunchuk pour la Boxe). Caméscope + 1 appareil
photo par personne.
Habillement citadin -par personne- : shorts, tee-shirt,
une tenue de boite (genre youpi-cool, la trentaine assumée), 1 jean, 1 sweat, 3
paires de chaussettes (éventuellement réversibles si consommation mal gérée), 5
caleçons (ne lésinons pas sur les caleçons, y’en a qui peuvent terminer suspendus
sur des lustres).
Habillement bucolique par personne : maillot de
bain, 2 shorts de foot, 2 maillots de foot (Equipe nationale + équipe de club, ne
jamais mélanger PSG et OM), protège-tibia, pommade, chaussures de foot (crampons
moulés, l’été durcit les terrains normands), paire de tennis (pour le tennis ballon
au dessus du portail des anglais).
Equipement culturel : vieux Equipe Magazine et
vieux France Football, L’Equipe du jour, le DVD de France-Italie 2006, le DVD
du montage du dernier web, portable et mini chaîne. Musicalement : du mp3 à
gogo, du varié, de l’ancien, du rock, de la variétoche, les listes pour les
Blaintests. Jeux de tarot.
Divers : serviettes de plage, aspirine.
Voilà, dans une semaine, nous aurons déjà très peu dormi,
aurons mal aux cuisses (football, le vrai sport) et aux doigts (football, le
faux sport), aurons peut-être mal aux cheveux (à cause que la Normandie fait
pousser des trucs à l’intérieur du crâne).
Prévisions météos du jeudi 21 juin (Eté – Fête de la Musique) :
gris, flotte, 16°. Normal, il y a toujours un sale temps le jour de la fête de
la Musique.
Pourvu que ça change, ça, c’est encore un coup à être obligé de
boire pour oublier.
J-6 avant le drame.
04 juin 2006
web v2.006 (5)
Ça aurait pu être pire. C’est ce qu’il faut se dire.
Imaginez un instant que la télé de la location n’ait pas été un
timbre poste juste acceptable pour jouer à la PS2 mais un écran plat HD
Ready de 108 cm
de diagonale avec Home Cinéma et tuner TNT intégré ? Ben, nous aurions
regardé le match du samedi soir sans sortir de la campagne de Berck avec le
verre à la main.
Au lieu de cela, un bon pub de Fort Mahon Plage nous a offert
une table réservée devant sa télévision 16/9ème.
Bien entendu, il aura fallu se goinfrer d’un excellent repas
axé sur le thème : les produits de la mer et leurs accompagnements. C’est
ainsi que les mains trempant dans la crème au roquefort des moules, nous avons
regardé les adieux de Zidane au Stade de France.
Victoire étrange qui ne ressemblait pas à grand-chose mais
engageait la discussion sur l’évidence inutilité de Dhorasoo et la gestion
effroyable des remplacements de Raymond pendant la deuxième mi-temps. Mais la
ficelle de l’entrée était excellente et la charlotte au chocolat de la fin tout
aussi succulente. L’accompagnement à la pinte nous réchauffait de l’idée de
ressortir un jour de cet endroit accueillant pour lutter contre l’hiver de
cette fin mai.
La serveuse était bien sympathique et aura su gérer la troupe
mâle. Les trois anglaises du fond aux rires stridents (non mais, c’était à la
limite de la paire de baffe ou du saut d’eau mais comme il y avait du rouquin
pâle à leurs côtés, nous ne voulions pas risquer l’incident diplomatique)
prenaient trop d’oxygène sur la fin et nous ont poussé au départ vers d’autres
aventures.
A Fort Mahon Plage, à 23h30, un samedi soir, il n’y a personne
dehors. Juste deux serveurs qui rangeaient des petites tables inoccupées de la
journée grise et une bande joyeuse de faux franciliens qui s’en retournaient à
leurs vodka-caramel.
C’était un
repas comme une simple communion tranquille autour des moules.
Comme les
dimanches d’avant qui ressemblaient trop à l’attente de la classe du lundi
matin, je sentais déjà dans la soirée le retour du lendemain. Juste un soupçon
de frein entre nous, cette idée qui traîne entre les circonvolutions du cerveau
et qui nous imposera de tout ranger dans quelques heures, de remettre les
crampons dans les sacs, et de penser à la route du retour.
J’ai ouvert
les yeux à l’aube des 10h10 dans le ciel gris de ce dimanche matin.
Rocco était déjà
debout devant Auto-Moto. Le petit-déjeuner bref s’achevait sur Télé-Foot. Les
autres se levaient au fur et à mesure, les yeux brumeux et se grattant les
fesses.
Les réveils précédents résumaient toujours les nuits agitées de
ronflements, grincements de dents, bruits de succion, émissions gazeuses des
uns et des autres. Celui-ci s’avouait instinctivement plus posé.
L’objectif était le départ à 15h00, juste après un dernier foot
(laborieux) et un repas improvisé de restes. Le soleil pointait son nez pour la
première fois depuis trois jours comme pour nous indiquer qu’il était temps de passer à autre chose. A 15h45,
les deux monospaces finissaient de se remplir d’hommes.
Il est toujours question de se revoir après le montage du film
ou pour un match. Mais l’année va passer avec son lot d’impondérables pour
chacun d’entres nous.
Demain sera une autre année.
Peut-être Aurillac.
En fait Aurillac ne serait pas cette ville entourée d’un bleu
arctique sur la carte météorologique puisque la station météo est en fait
située en haut du Plomb du Cantal et non dans la ville même. Il fera peut-être
beau.
Les fins de web sont toujours particulières. J’étais heureux de
retrouver femme et enfants et avait quand même envie d’une journée de plus. Partagé
entre sucre et sel.
C’est une chance non ?
03 juin 2006
web v2.006 (4)
L’évènement du web.
Tous les ans, il y a l’évènement du web, celui dont l’histoire ne lui ressemble même plus dix ans après. Parce que vous savez, les bonnes histoires, ça se raconte tellement, ça se peaufine, se travaille, ça s’anecdotise, et plus les versions s’empilent, plus la truculence s’étend.
Sauf que cette année, je ne vois pas. Vous ai-je dit que le
temps a été pourri ? Ce n’est pas un évènement ça.
Cela aurait pu être le France – Mexique vu au pub et les mains
dans les moules. Euh bon, j’en parlerai peut-être plus tard.
Ou alors la compèt’ improvisée de kart ? Improvisée parce
que nous étions partis cœurs au vent pour faire du char à voile, puis pour l’Aquaclub,
ensuite pour un foot sur la plage pour finir le long d’une promenade digestive sur
la jetée du Berck. En fin de compte, trop
de vent pour l’un, cristaux de sable glacés pour l’autre, trop tard pour le
troisième, trop fainéant pour le suivant, donc, nous avons fini dans une
tondeuse à gazon bas du cul à 60
km/h sur du bitume.
Dingue quand même d’être quatrième aux qualifications puis septième en course ! Je dis que quelqu’un m’a trafiqué le bolide ! Donc, ce ne fut pas un évènement (mais nous avons bien rigolé quand même).
Je repense aux évènements références des années passées. Un
caleçon qui prend feu sur un lustre (que faisait-il là), les coups de soleil du
Mont St Michel, les sorties en boites (je passe un voile pudique sur ces
premières années de web), le concours de circonstances vomitoire … (je n’ai pas
le droit d’en parler). Ce n’est pas très élevé tout cela.
Peut-être quelque chose. Il y a sans doute le film de ce gars
qu’on croyait bien connaître depuis trente ans et qui nous dit fièrement ne pas
avoir envie de dormir à 5h, qui s’en va aux toilettes philosopher.
« Est-ce que ça vous choquerait si vous me voyiez un jour dans
un film p0rn0 ? » Qu’y dit. Le gars.
A 5h. Le gars. Dans les toilettes. Le gars.
Y’a des choses qu’il ne faut dire quand même. A 5h. Dans des
toilettes. Pour le gars.
Nous essuyions à peine nos larmes de rire et calmions nos
tressautements respectifs dans nos duvets que le gars en remet une couche. Qu’y
dit qu’il est sérieux en plus.
Et là, subitement, je me demande si ce gars, calme, déjà
calvitiant, n’avait pas une face cachée. Genre il nous aurait dit que c’était
un serial killer de professeurs d’anglais. Et si c’était vrai ? Et si,
malgré son air de rien, son fiston pas encore entré à l’école, sa petite femme
et sa maison en banlieue Est, son boulot de pas complètement fonctionnaire mais
presque, sa timidité intrinsèque, sa politesse et son éducation irréprochable (malgré
une légère tendance à la bordélisation ambiante), malgré tout cela, ce serait
un Rocco Zorro, un étalon masqué pour qui le surnom MD10* serait une couverture,
une bète de s-xe, un animal sans tabou ?
Un bout de Monde s’écroule et je m’interroge un court instant sur
ce gars avec lequel nous avons usé nos pantalons velours sur des bancs d’église.
Il a réussi à tenir son sérieux implacable.
Bon, juste après, pour ne pas trop réfléchir, on l’a attrapé et
mis à poil afin qu’il tourne ses premiers rushs**.
Faut pas déconner quand même.
A 5h, on dort et demain y’a foot.
* Moins De 10 minutes
** Une étude est en cours pour connaître le nombre maximum de vodka-caramel absorbables avant la constatation de dégâts irrémédiables.
