31 mars 2006
Cirage pour lent terne
Tout ce qui brille n’est pas or. Or on est toujours attiré par
ce qui brille. Malgré le fait que l’argent n’ait pas d’odeur, il s’attire lui-même
d’instinct. D’ailleurs, on ne prête qu’aux riches. Ce sont ceux qui n’ont pas
de problèmes sonnant et trébuchant qui peuvent affirmer que l’argent n’est rien
à côté de la liberté, la Nature alors que ceux qui vivent dans la Nature
réclament de l’argent avant tout.
Plus on gagne de monnaie, moins on en parle car c’est une honte
qu’il soit si mal distribué. Ce n’est pas pour autant qu’on commencerait à répartir
son argent en premier (argent auto considéré comme mérité).
Peut-être tombe t-on rapidement dans ces considérations lorsque
la mise de départ est mal placée sur l’échiquier. Ce serait instinctivement humain.
Il ne faut pas dire jamais, ni qu’on ne boira de ton eau, fontaine.
Hier, en fin d’après midi, j’ai vu deux choses briller. La
première se situait entre les yeux et le regard. Il y a des pupilles qui sont capables
de fournir des photons lorsqu’il y a des idées derrière le nerf optique.
La seconde, c’était le houblon dans les verres.
Le tout donnait un certain sourire.
Après, quoi il arrive, bien, ce n’est pas très grave en fait.
J’ai cependant fait une erreur. Pourtant, c’est connu : ne
jamais préjuger de ses capacités pour se donner une contenance…
Deux mousses, des embouteillages, une vessie, une lanterne. Vous
connaissez l’expression.
Tout ce qui brille… la boucle (d’or) est bouclée.
30 mars 2006
Le vol de l'Ange
Je ne le connaissais ni de près ni de loin, tout juste ai-je
pioché quelques informations à chacun de ses derniers records.
Angelo D’Arrigo est peut-être mort tel qu’il l’aurait voulu.
Adepte des sports extrêmes, de la compétition en vol libre et
ULM, il s’était reconverti pour la Nature. Il a traversé déserts et montagnes comme
un nouvel aventurier, il a été le premier à survoler le toit du Monde, il a
décidé de partager un bout de ciel avec les grands oiseaux planeurs.
Il s’est planté le 26 mars dernier, sûrement par la faute à pas
de chance, alors qu’il n’était même pas sur le fil d’un exploit.
C’est con de dire que c’est beau de mourir passionné. C’est tout aussi moche. Peut-être plus, allez savoir.
Entre deux manifs contre le CPE, les résultats de foot du
week-end et les restes de grippe aviaire, sa disparition a été annoncée le
temps d’une pub pour un déodorant. Je me suis dit : « Ah merde,
c’est con ». Parce que ce qu’il véhiculait à 9000 mètres pouvait
nous donner plus d’espoirs que le vol de pavés parisien. C’est idiot.
Il y a des Morts qui m’attristent plus que d’autres, certaines
que j’aurais voulu remplacer par d’autres.
27 mars 2006
C'est le prends-temps
Cela pourrait être bien le passage à l’heure d’été.
Il faudrait que les 60 minutes qui se pausent jusqu’à l’automne
ne viennent pas rogner un week-end.
Il faudrait que, yeux embrumés ou yeux brouillés (d’un point de
vue culinaire) du lundi matin ne soient pas si difficile à ouvrir, lourdes
paupières de veau à soulever suspendant des valises oculaires.
Je comprends donc pourquoi un tel horaire (voyons 5h10 réelle
au lieu de ce mensonger radio-réveil et ses 6h10) me donnait plutôt l’impression
de me lever pour partir à l’aube vers d’éventuelles vacances (à cause des
valises… bon laissez tomber).
Mais ne souhaitant pas avaler cette année encore les couleuvres
de la justification énergétique de ce traumatisme temporel, je lutte en
pestant.
Les gamins écroulés la veille d’un doux dimanche devaient revenir
à la surface de leurs songes à l’aurore.
Il pleut, il mouille, c’est
la fête à la
grenouille. La chanson douce fut efficace aux oreilles de la petite
tandis que plic ploc, les gouttes d’eau résonnaient sur le velux.
Notez bien que je retenais l’envie d’affirmer que tant de pluie
aboutissait aussi à la rime plus riche il
pleut, il mouille, j’ai de l’eau jusqu’aux.
Ils avaient l’air en forme, après tout, ce sont eux qui se
réveillent trop souvent plus tôt que nous le week-end.
Je vais encore mettre des jours –semaines- pour récupérer de ce
changement d’heure.
Le froid commence à plier sous les coups de boutoir du
printemps, ce n’est pas plus mal. L’hiver était trop long.
Considérations d’une personne plus âgée malgré l’heure qu’il vient
de gagner sur le décompte.
24 mars 2006
Casser la voix
Je crois que de Villepin a fait signer des tas de CPE à des
jeunes casseurs et qu’il a donné ensuite la troupe joyeuse contractualisée à
Sarko pour la faire intervenir de façon organisée pendant les manifs.
C’est pour cela que les CRS ne leur rentrent pas dans le lard
et les laissent tabasser les autres jeunes. Tout se tient.
A moins que la garde mobile n’ait peur désormais que taper sur
un p’tit con cagoulé comme un revendicateur breton ou corse soit interprété
comme une bavure.
En tout cas, c’est une bonne méthode pour calmer les
manifestants. Remarquez, l’idée n’est pas nouvelle, il y avait déjà des embrigadements
voilà 65 ans pas très loin de chez nous.
Est-ce que finalement, ce n’est pas une excellente idée pour
responsabiliser des jeunes sur un projet précis ? Le casseur trouve sa
place autorisée dans la société.
Bon, faut que j’arrête de parler de ça, je suis déjà sur écoute
élyséenne depuis j’ai eu une liaison avec Carole Bouquet.
Je vous laisse discrètement, mais n’en parlez à personne hein !
23 mars 2006
Barny mnemonic
Vous avez remarqué comme la mémoire est sélective non ? Nous
ne sommes pas tous égaux devant elle d’ailleurs, il parait que les femmes se
souviennent plus aisément des choses futiles comme les dates d’anniversaires,
les tailles des zigounettes passées à portée de … (points de suspension
permettant la liberté d’imagination, oui, c’est cela un blog interactif, ne me
remerciez pas) tandis que les hommes s’attachent à l’essentiel, comme le nom du
buteur français qui a marqué le 2-1 en prolongations de Séville 82 ou le nombre
de chevaux qui composaient le moteur de leur première voiture.
Bref, quel est mon plus ancien souvenir ?
Maternelle, oui, j’en ai quelques uns, très peu et je suis bien
incapable de les classer par ordre chronologique. L’un me conduit en suppression
de récréation à cause que j’avais traîné pour finir une sculpture moderne qui
aura passé 20 ans sur ma table de chevet par la suite (c’est très moche mais j’adore
cette lampe). N’empêche que cette maîtresse, genre grande jument à la crinière
brune, faisait peur.
C’est la même qui a dû faire une fessée cul nu devant tout le
monde (sur l’estrade) à mon voisin de petite table. Je me souviens avoir
ressenti un sentiment de culpabilité, sans doute que je devais bavarder avec
lui (vous savez que je suis bavard ?) et que la maîtresse a fait pile ou
face. J’ai échappé à la palme de ce qui serait devenu mon plus mauvais ancien
souvenir.
Puis il y a ce dernier. Celui qui me hontifie à cause d’une braguette qui se sera cassée (une érection
soudaine ou une faiblesse d’un pantalon en velours marron ou vert, allez savoir).
A la sortie de l’école, j’ai dû pleurer devant ma mère jusqu’à ce qu’elle me
couvre de son imper.
Mais quand j’y pense, je me demande si ce souvenir est exact,
il devait traîner par terre cet imperméable beige (ma mère a eu toute une
collection d’impers beiges), ce devait être encore plus ridicule. Etait-ce bien
cela qui se serait passé sur le trottoir de l’école maternelle Vauban ?
Ceci expliquerait pourquoi je mets toujours aujourd’hui un trombone
à mes braguettes de costumes et que mes parkas m’arrivent aux genoux. Mais vous
savez, la mémoire est trompeuse.
Ce ne serait donc que de mauvais souvenirs qui m’auraient
marqué ? Sans doute ai-je eu tant de chance d’avoir eu une enfance
heureuse pour ne me rappeler que de ces broutilles d’enfant de 4 ou 5 ans. Il parait
que nos cerveaux savent mieux s’imprégner de petits ou grands malheurs que des
bonheurs qui nous entourent. Les scientifiques le prouvent pendant que les
médias s’en réjouissent.
Mais qu’a-t-il fait le Temps de tout cela ? Je les aime
bien ces tracas mnésiques, ils embellissent d’autant mieux ce premier baiser de
CM1 …ou de CE2, à moins que ce sois en CE1, ah oui, plutôt en CE1…
Merci Anne pour le relais.
Une fois n’est pas coutume, Phany et Vinvin, si vous êtes dans
le coin…
"Racontez votre plus lointain souvenir,
celui qui vous paraît le plus ancien, qu'il soit bon ou mauvais."
21 mars 2006
La mer fait des vagues la nuit
Y’a une histoire complètement dingue. Aussi débile qu’universelle.
C’est l’histoire d’un type qui se trouve au lit pendant que sa
femme, mère de ses enfants, se lève en pleine nuit pour secourir sa fille
beuglante.
Et le type, il ne se lève pas. Non, c’est la maman qui s’y
colle. Uhu ! me direz-vous, c’est toujours comme ça !
Ben oui, peut-être mais il y a déraison (oui, en un mot) que l’amour
parental peut expliquer.
Parce que le type, déjà, il dit que, lui, il n’a pas un boulot
de fonctionnaire (un vrai métier qu’il a qu’il dit). Mais d’aucuns diront que
ce type est machiste entiché d’un esprit limité de salarié du privé.
Mais bon, le type a le droit d’être de mauvaise foi. Parce que…
parce que bon.
La nuit, il dit aussi que d’abord, c’est pas son nom que sa
fille a hurlé. Non, la fille a dit : MAAAAAAMAN et que même ça fait
grésiller le haut-parleur du Baby-Sono500wattsdans
tes oreilles.
Alors, la mère, elle dit que c’est normal parce que vu que c’est
elle qui se lève toujours, la fille appelle sa mère. Du coup, hein. Voilà. Qu’elle
dit. La mère.
Ce ne serait pas un fourbe argument de l’histoire de la poule et
de l’œuf ? Hein ? Parce qu’il faudrait se rappeler qui a commencé ?
Qu’est-ce qu’elle a dit la beugleuse en premier ? Elle a beuglé PAPAAAAAA
ou MAAAAAMAN (vous notez comme l’enfant accentue dans ses braillements la
première syllabe de Maman tandis que c’est la seconde pour Papa).
Bref, on ne s’en souvient pas parce qu’à 3 heures du mat’, on s’en
fout, on veut dormir.
Donc, l’argument ne tient pas sans preuve. Hé, trouve aut’chose
la mère !
Le type rétorque que, à chaque fois qu’il monte la voir, sa fille, qu’a beuglé pourtant MAAAAAAMAN et que ça veut dire qu’elle veut sa mère et pas son père –même si elle est admirative de son papa, ce n’est pas la question-, et ben, elle l’envoie balader d’un imposant ‘groumpff’ suivi d’un ‘naaaann’ et de ’j’veux pas toi, j’veux maman’.
Alors le type, y dit à sa fille dans des termes poétiques
choisis quelque chose qui veut dire : « ouais bah, c’est papa,
tu vas pas me faire chier à 3 heures du mat’, ça caille en caleçon, j’ai
sommeil, je viens de me prendre les pieds dans la moquette, m’éclater l’orteil
sur un radeau de Peter Pan, me cogner sur ta poutre au dessus du lit. Et tout
cela pour que tu veuilles ta mère ?! Ta mère elle dort –elle !-, d’ailleurs,
elle est même pas là, ta mère, nan, elle est partie en voyage, loin, très loin,
tu la reverras jamais ta mère, y’a plus que ton père, hein ! T’as pas de
chance hein ? Alors tu fais avec et tu te tais ou en plus tu te prends une
tarte pour savoir pourquoi tu pleures. Alors tu veux quoi ? T’as soif ?
t’as fait un cauchemar ? Bon et si tu dis rien dans 3 secondes, je pars et
ce n’est pas la peine de rappeler qui que ce soit. »
Alors le type, il a pas envie de monter la nuit, ça se comprend
non ?
Parce que, au début, quand il voulait faire jouer l’alternance
nocturne malgré son travail harassant diurne, et ben, il était gentil et
attentionné jusqu’à qu’il en ait eu un poil assez de se faire rembarrer.
Alors le type, il laisse la mère faire.
Et la mère, elle dit que c’est elle qui se lève tout le temps.
Et moi le
type dit que la mère n’a qu’à dire à sa fille d’appeler son père et que comme
ça, il sera sûr de se lever en étant bien accueilli.
Il est volontaire le type mais la nuit, il a encore plus sale
caractère que la journée.
Et maintenant, tous les soirs, le type, il prie pour que sa fille ne se rappelle pas ce que la mère lui a soufflé à l’oreille avant de l’endormir.
20 mars 2006
Mémé avait du poil au menton
Les relations périphériques sont comme cela. Nous ne sommes pas
aussi atteints que lorsque le centre névralgique est touché. C’est ainsi et c’est
sans doute l’explication des réflexions qui viennent plus banalement.
C’était déjà bien, avec
toute sa tête, j’aimerai bien qu’il en soit pareil pour moi. 96, presqu’un siècle,
les choses de la vie.
La dame s’en est allée à son heure. Madame Grand-mère du mari
de ma sœur, arrière grand-mère de mon neveu et de ma filleule. La chronologie
généalogique est respectée.
Et après ? Il y a quand même une petite boule au fond de l’estomac
qui me rappelle qu’invariablement, le temps passe et qu’il y a ces moments qu’on
repousse au fond de ses pensées.
Pour le peu que je la croisais quelques fois par an, aux
occasions à fêter, elle m’apparaissait gentille et se souciait de tous les
enfants, avait des mots accueillants. Avec un sourire tendre, je pense qu’elle
piquait un peu les joues quand on lui faisait la bise. Ce sont les gamins qui
le remarquaient avec leur innocence.
Ce matin, je me suis levé
avec le soleil et maintenant mon ciel est tout gris.
Elle a beau courir vers ces douze ans, c’est en ces mots qu’elle
en parlait, assise les yeux dans le vide sur la chaise de la salle à manger de
mes parents. Juste avant, sa détresse, au moment de me dire bonjour, m’a fait
pousser les larmes aux yeux. Je la serrais fort, accusais aussi bien que
possible ses soubresauts tristes, noyé dans mon incapacité à rendre le
réconfort.
Je sais qu’il n’y a pas grand-chose à faire, le temps répare ce
qu’il détruit. Flo l’apprend du haut de sa fin d’enfance. Il n’existe pas d’autres
méthodes d’apprentissage.
Je détourne son attention en espérant attraper ses pensées, je
lui parle de sa soirée au concert, je rigole de sa montre. Elle n’a pas faim, m’avoue
avoir pleurer devant sa copine, n’a plus envie de rien. Elle avait tant
attendue cette journée pour d’autres raisons.
La souffrance des autres êtres chers m’est bien plus
insupportable que la mienne.
Tout ira mieux dans quelques jours, semaines. Tout va tellement
vite dans la vie d’un enfant, il y aura des moments de calme, de retour à une
autre réalité, où l’esprit se perdra et embrumera le regard. Ces moments se
feront de plus en plus espacés et le souvenir se construira.
Mais ne t’inquiètes pas ma Flo, pleure, pense à elle, c’est ainsi le cycle.
18 mars 2006
A fond la forme
Chérie, il faut être sûr, tu sais, je m’explique : ces quelques fois où je m’absente de la maison sous un prétexte éculé de l’application réelle d’une résolution de début d’année, ces demi-heures par ci, cette heure aujourd’hui, je fais réellement du sport. Non, je ne vais pas retrouver une jeune femme dans une camionnette sur le bord d’une nationale picarde (d’autant que je ne connais pas les tarifs, je craindrais de me faire pomper mon argent).
Enfin, du sport, tu ne te rends pas compte à quel point j’exècre
le jogging tant qu’il n’y a pas un ballon devant. C’est bien pour sortir le
chien de temps en temps ou voir courir les écureuils un premier matin de
l’année.
C’est con une résolution, je te jure. Je crois avoir touché le
fond cette après-midi avec mes principes.
Il faut dire que c’est le soleil, le printemps qui approche, ça
secoue les hormones tout cela.
Je partis coupe au vent sur ce vélo vieux de plus de dix ans
qui aura passé plus de temps dans un garage qu’à l’air libre. J’avais mon
itinéraire en tête, véritable GPS de l’effort.
Au début, il y eu le bourg, le traverser fièrement, comme un
habitué de la pédale, tout juste quelques faux réglages, l’étude scientifique
du braquet, le comptage des dents, le regard affûté sur les rayons, sourire au
dents devant une bande de djeunzs qui déambulait.
J’avais senti dès le début l’inadéquation entre mon fessier
délicat et la selle. J’en avais déduit que je devais avoir un arrière train
ferme –ou que les amortisseurs laissaient à désirer sur le bicloune-.
Sortie du village, direction la gare avant de tourner sur la
route Manon en direction des étangs. A peine cinq minutes de rotation pédestre
motorisant le bordel -qui me rappelait à tous moments la sensibilité de mon
entrejambes- et je ressentais déjà la surchauffe musculaire au niveau de mes
cuisses il y a un temps bien galbées. Diantre, autrement dit, putain que ça
chauffe dans les guiboles.
La route Manon, longue ligne droite, me paraissait légèrement
en côte, je maintenais l’effort jouant avec le machin qui passe les vitesses
–en gros, un coup je me freinais brutalement raidissant mes fibres, un coup je
pédalais à la vitesse de pales d’hélicoptère-.
Ah oui, le vent, je l’avais déjà remarqué mais le vent souffle
toujours face au cycliste, principalement quand celui-ci n’est pas
professionnel. On peut me raconter n’importe quoi, je l’ai toujours dans la
gueule comme accélérateur de moucherons. Mais bref, lutter contre les éléments,
ça me connaît.
Je prends la petite route à gauche avec ce sentiment d’une
langueur monotone et le regard sur ma montre. Je ne peux pas rentrer
maintenant, je n’ai même pas l’excuse des batraciens (faut cliquer sur l'image là).
S’en suivent des tonnes de haut bas où les hauts sont toujours
plus longs que les bas. Je commence alors à insulter la brise, les arbres, les
cailloux sur la route. J’attends qu’un couillon du week-end me dépasse en
braillant vas-y Poupou. Je lui
balancerai mon bidon vide couvert d’une boue sèche de trois ans (véridique). Je
commence à prier pour qu’une crevaison me libère, j’arrive près du bout du lac,
là où ces cons de canards attendent la grippe comme j’attends désormais un
canapé
rembourré. J’ai mal au cul, c’est une évidence. Chaque petit trou de la
route, chaque petit gravier crée des vibrations insupportables qui me crucifient
les os du bassin. Devant les idiots de badauds qui se promènent, je tente de
faire honorable figure. Tous ces imbéciles avec leurs gosses et leurs clébards,
ils ne voient pas que je manque de me fiche à la baille à chaque fois que je
les évite. Il faut dire que je venais de prendre le chemin du retour en passant
par les bords des étangs.
Erreur fatale, il y a évidemment plus de chaos dans mon
derrière, il faut relancer plus souvent la machine, je sue, je peste, mais je
voulais éviter ces trente mètres à pic qui remontaient par la route.
Je fais genre, je fais style, je croise un débile de vététiste
qui crée un appel d’air et me ralentit (à cause de sa vitesse à lui). Il a
l’air idiot avec son costume surcoloré moule burnes et son casque de lopette.
Quoi, qu’est-ce qu’il a mon survêtement délavé, qu’est-ce qu’elle a ma gueule
rougeaude exténuée et suffocante ?

Je sors du bois et il arrive ce qui devait arriver : une
côte imprévue pour rejoindre le bitume, un col hors catégorie, un degré de
montée supérieur à la bibine normande de tonton Bernard, une épreuve sans
assistance respiratoire (à cause de l’altitude tout en haut).
J’avoue, j’ai craqué. D’accord au bout de dix mètres, mais il
en restait au moins le double. J’ai posé pied à terre avec cette impression
étrange que mes cuissots ne refroidissaient pas, que je tétanisais d’un bloc,
je crois que dans ma tête, mon corps continuait de pédaler. D’une allure fière,
je marchais à côté de ma monture comme John Wayne dans L’échappée sauvage (si
ça se trouve il ne joue pas dedans), je faisais brouter ma roue avant sur le
bas côté afin de me donner une contenance. L’air dégagé du sportif engagé,
j’arrivais trente secondes plus tard sur la route. Au loin une voiture, vite,
prestement, je remonte sur le vélo et commence à m’agiter les cannes. Le simple
fait de reposer mes fesses sur cette selle de merde me confirmait toute la
haine que je pouvais avoir contre ce mode de déplacement.
Mais tu comprends Chérie, je ne pouvais pas lâcher maintenant,
qui a déjà vu Rambo faire une pause pendant une opération commando ? Ma
fierté était en jeu, je pensais à n’importe quoi pourvu que cela m’échappe du
chemin à
parcourir. Baisse la tête, t’auras l’air d’un coureur me disait mon
père, j’avais les dents sur le guidon, je guettais en même temps l’arrivée d’un
sanglier qui aurait mis fin à la souffrance. Ci-gît Barnabé, courageux sportif,
mort pour et par la Nature comme un symbole de la communion universelle. Voilà ce serait mon épitaphe.
Rien n’arrivait Sœur Anne, la route Manon devenait
insurmontable. Pourtant, à l’aller, c’était une côte, j’attendais la descente,
c’était un leurre, une transformation physique, une modification géologique
pendant que je tournais autour de l’étang.
Le vent, j’avais les yeux humides et les cuisses au fer rouge,
tatouées par la compétition de haut niveau que je m’imposais comme ces stages
de motivation professionnelles animés par des vendeurs de couilles.
Au bout de la route, le début de la fin, les derniers faux
plats avec ces bandes rugueuses sur le goudron, putain que j’ai mal au cul. Ils
sont cons à la DDE de placer ces ralentisseurs. J’insulte les panneaux, ça me détend.
La place de l’église, dernière montée, je respire comme un bœuf
devant ces imbéciles de djeunzs qui sont sur leur banc. Dernière ligne droite,
le portail, je pose pied à terre.
Mes jambes sont arquées, j’ai mal partout. Je prends un coussin
et me cotonise les gonades, il y a un match de foot à la télé.
Tiens, la prochaine fois, j’irai aux putes le long de la nationale. Euh non bon, en attendant, Chérie, tu peux aller chercher les pizzas ce soir, je préparerai l’apéro.

17 mars 2006
Il fallait que cela soit dit
Ce n'est pas parce que cela circule partout qu'il ne faut pas insister sur les points suivants qui expliquent aux femmes ce que nous sommes:
- Apprenez à utiliser la lunette des W.C.. Vous êtes des grandes
filles. Si la lunette est relevée, abaissez-la. Nous, on a besoin de la
relever, vous, vous avez besoin de la baisser. Et vous ne nous entendez pas nous
plaindre de devoir la relever, non ?
- Samedi = sports. C’est comme la pleine lune ou les marées : un
phénomène naturel sur lequel aucun être humain ne peut avoir de prise.
- Demandez ce que vous voulez directement et clairement. Pour
être sûr que vous compreniez bien : Les allusions subtiles, on ne comprend pas !, les allusions claires, on ne comprend pas !, les allusions évidentes, on ne comprend pas !, DITES LE, UN POINT C’EST TOUT !
-‘OUI’ et ‘NON’ sont des réponses parfaitement acceptables pour
n’importe quelle question
- Venez nous parler d’un problème uniquement si vous désirez
qu’on le résolve. C’est ce qu’on fait. La sympathie, c’est ce que vous
obtiendrez de vos amies. Elles
sont faites pour ça.
- Un mal de tête qui dure 17 mois, c’est une maladie. Consultez un médecin.
- N’importe quelle chose que nous avons pu dire il y à 6 mois
n’est pas acceptable comme argument lors d’une dispute.En fait, tous nos commentaires sont nuls et inutilisables après
7 jours.
- Si vous vous trouvez trop grosse, c’est que vous l’êtes
probablement. Inutile de nous
le demander.
- Si une chose que nous avons dite peut être interprêtée ou
comprise de plusieurs manières, et que l’une de ces manières vous rend triste
ou en colère, alors, considérez que nous voulions donner un autre sens à ce que
nous avons dit.
- Vous pouvez nous demander de faire quelque chose ou bien nous
dire comment vous aimeriez que cette chose soit faite Pas les deux. Si vous connaissez déjà la meilleure manière de faire cette
chose, faites-la vous-même.
- Autant que possible, si vous avez quelque chose à dire, dites
le pendant les pubs à la télé.
- Christophe Colomb ne s’est pas arrêté pour demander sa route…
eh bien nous non plus.
- TOUS les hommes voient en 16 couleurs, pas plus. Inutile de
vouloir nous en faire dénombrer plus. Pêche, par exemple, c’est un fruit pas une couleur. La différence entre mauve, rose et fuschia, connaît pas.
- Si ça démange, il faut se gratter. C’est naturel, et c’est ce
qu’on fait.
Et encore, j'ai sélectionné. Ne me remerciez pas.
14 mars 2006
Et tu dors peut-être
Vous connaissez la règle des quatre-vingt / vingt ?
Ça n’a aucun rapport avec notre créatif multi-bras poly-céphale
auteur de Bonjour America. Merci pour
lui quand même.
Par exemple, on parle souvent de
80-20 comme 20% de nos clients nous apportent 80% du chiffre d’affaire. Ok ?
Bon. C’est pour du marketing ou du commercial ou ce que vous voulez, ça marche
peut-être aussi en cuisine ou en aviation.
Et bien, malgré le peu de rapport que cela a avec la
choucroute, la dernière étude représentative de la blogosphère me prouve que j’ai
un public 80-20.
Etudions les 80% qui sont composés de plus djeunz que moi :
31% de jeunes femmes, 34% d’hommes et 13% de la catégorie végéto-minérale non
négligeable pour les spectateurs de TF1.
Il se trouve donc que de part un hasard calculé, ce blog, ne
ressemblant à rien, tient des lecteurs/trices plus jeunes que l’auteur en haleine
(l’éclectisme des lieux pourrait d’ailleurs la supposer mauvaise).
De plus, il est observé que la proportion couilles-nichons me
parait rassurante et je m’en félicite.
(A noter que je suis parti du
principe que les couilles sont indépendantes des nichons. C’est purement
statistique, vous faites ce que vous voulez aussi).
Cependant, la photosynthèse caillouteuse de certains passagers a tendance à m’inquiéter bien que le fait que ce soit de joyeux lurons à l’humour discret.
Je profite de l’occasion pour saluer la minorité silencieuse
des autres catégories (100-31-34-13=22%) qui subissent l’âge avancé de leurs
artères mais qui n’en conservent pas moins une jeunesse d’esprit respectable.
L’étude est désormais terminée, vous pouvez retourner à vos occupations.
